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Standing Rock: POUR SAUVER L’EAU, NOUS DEVONS BRISER LE CYCLE DU TRAUMATISME COLONIAL

Le 12/02/2017

http://www.chrisp.lautre.net/wpblog/ Christine Prat

aussi sur http://www.ujfp.org/spip.php?article5400

 

http://www.chrisp.lautre.net/wpblog/?p=3949

 

Standing Rock: POUR SAUVER L’EAU, NOUS DEVONS BRISER LE CYCLE DU TRAUMATISME COLONIAL

On February 7, 2017, in Droits sur l'eau, Lakotas, Standing Rock, Résistance, by Chris P

Photo Red Hawk

 

Par Ladonna Brave Bull Allard
Sur le site de Sacred Stone Camp

(http://sacredstonecamp.org/blog/2017/2/4/to-save-the-water-we-must-break-the-cycle-of-colonial-trauma)


Egalement publié sur Censored News
(http://bsnorrell.blogspot.fr/2017/02/to-save-water-we-must-break-cycle-of.html)


 

4 février 2017
Traduction Christine Prat

 

La police est venue au Camp Last Child en plein jour, avec des blindés et des fusils dégainés, pour arracher les gens à notre terre. Beaucoup de protecteurs de l’eau étaient en train d’effectuer des marches de prières et des cérémonies. Nous regardions du haut de la colline le Camp Oceti Oyate alors que les troupes marchaient sur eux. Nous avons envoyé nos prières à ces innocents et aux braves guerriers venus pour résister avec les gens de Standing Rock, et protéger les eaux sacrées d’Unci Maka (Notre Mère la Terre).

Puis ils sont venus à notre Camp de Sacred Stone, le camp spirituel d’origine, que nous avions construit pour y offrir nos prières et protéger notre eau de l’oléoduc Dakota Access. Mais cette fois-ci, ils étaient accompagnés par le Conseil Tribal Sioux de Standing Rock. Ils n’avaient pas de mandat, mais ils ont forcé l’entrée de mon terrain privé, le terrain de ma famille, où j’ai grandi sur les rives de la Rivière Cannonball. C’était les membres de notre propre Conseil, avec le Service des Poissons et de la Vie Sauvage de Standing Rock, le Bureau des Affaires Indiennes (BIA), le Bureau de l’Alcool, du Tabac, des Armes à feu et des Explosifs (ATF), et le Corps de l’Armée des Etats-Unis, tous venus pour me chasser de ma terre natale.

Le monde veut soutenir Standing Rock, mais Standing Rock se dresse contre nous. Le Président Dave Archambault a jeté nos gens aux chiens quand il a dit que les actions des camps « …ne représentent ni la tribu, ni les intentions initiales des protecteurs de l’eau. » Il oublie que nous, au Camp de Sacred Camp, avons été les premiers à résister pour l’eau, et que nous sommes avec tous les camps qui ont rejoint notre lutte.

Ce mouvement a été initié par les gens, et conduit par nos jeunes. La décision de la Tribu Sioux de Standing Rock de négocier avec l’état et de disqualifier les gens venus combattre pour notre eau, est ce qui pourrait finalement mener à notre chute. Nous avons eu des milliers de gens, prêts à résister ensemble devant ces machines. Les Nations Autochtones de Turtle Island n’avaient jamais été aussi unies auparavant. Mais maintenant que la division s’accroît, c’est très difficile de voir comment avancer.

Je n’ai pas pu dormir la nuit dernière, je suis restée assise et fait du tabac. Ça a quelque chose de calmant de travailler avec du saule rouge, assise en pensant aux temps passés avec ma Grand-mère, à laquelle je pense beaucoup. C’est l’hiver ; c’est supposé être le temps de raconter des histoires et de transmettre notre histoire aux jeunes.

C’était à cette époque de l’année, il y a un siècle et demi, que les ‘Longs Couteaux’ des forts militaires et les agents [des affaires] Indiennes ont dit aux gens qu’ils devaient partir pour les réserves ou mourir (Loi du 28 février 1877, connue comme Vendre ou Mourir de Faim).

Historiquement, la résistance de notre peuple a été réprimée par des batailles sanglantes et des massacres – aussi de la main de collaborateurs Indiens. Nos parents ne voyaient pas qui était l’ennemi, parce que c’était leurs propres parents qui se retournaient contre eux, permettant le même genre de mensonges par le même genre de médias dominants.

Nos dirigeants traditionnels ont été mis de côté de force, par la Loi de Réorganisation Indienne de 1936, par laquelle les autorités fédérales ont imposé la création de conseils tribaux dans les réserves. C’est un système de gouvernement colonial, qui n’a aucune base dans la culture ou les enseignements Lakota/Dakota/Nakota. C’est la même tactique que celle qu’ils ont utilisé avec les agents Indiens et les trahisons de ceux qui traînaient autour du Fort [the Hangs Around the Fort]. Ils fabriquent un dirigeant qui leur permettra de nous prendre tout ce qu’ils veulent. La soif de pouvoir peut diviser un peuple.

Comme chacun sait, il y a beaucoup de dirigeants dans ce mouvement, et pourtant il n’y en a aucun. C’est un mouvement populaire ; c’est un mouvement pour l’eau, ni possédé ni contrôlé par qui que ce soit.

Comme Red Cloud et Spotted Tail, et autres Lakota « des services » qui ont livré si vite nos terres et nos modes de vie pendant que des milliers de gens se défendaient avec Sitting Bull et Crazy Horse, aujourd’hui, notre conseil tribal n’a pas bien compris ce qui est vraiment en jeu.

Photo Red Hawk

 

Ce mouvement ne concerne pas seulement un oléoduc. Nous combattons pour un changement de direction, ou pour une meilleure procédure dans les tribunaux de l’homme Blanc. Nous nous battons pour nos droits en tant qu’Autochtones de ce pays ; nous nous battons pour notre libération et la libération d’Unci Maka, Notre Mère la Terre. Nous voulons que tous les oléoducs et gazoducs jusqu’au dernier soient retirés de son corps. Nous voulons la guérison. Nous voulons de l’eau saine. Nous voulons déterminer notre propre futur.

Chacun de nous combat pour nos petits-enfants et leurs petits-enfants, et pour nos parents qui ne peuvent ni parler ni se défendre. Imaginez que nous ayons résisté tous ensemble le 27 octobre, le jour où ils nous ont repoussés du Camp du Traité que nous avions construit en travers du trajet du Serpent Noir – notre position la plus forte au cours de toute cette lutte. Si nos gens n’avaient pas négocié la renonciation à notre pouvoir ? Si nos gens n’avaient pas ouvert les routes et ne s’étaient pas retournés pour marcher contre nous les bras tendus, alignés sur la police anti-émeute et les blindés ? Pourquoi adopter des résolutions appelant les agents fédéraux à attaquer notre peuple et supprimer les camps tandis que la foreuse creuse sous notre eau sacrée ? Quelle puissance aurions-nous si nous décidions de tenir sur notre territoire des traités où nous avons déposé des milliers de prières ?

Nos ancêtres n’ont pas abandonné Pȟežísla Wakpá (la Rivière Little Bighorn), lorsque nous avons uni pour la dernière fois Oceti Sakowin pour défendre notre terre du Septième de Cavalerie ; nous non plus, ne devons pas abandonner Mni Sose (le Fleuve Missouri). Nous ne devons pas vendre le sang, la terre et l’eau de notre peuple pour maintenir le disfonctionnement sous lequel nous vivons maintenant. Nous n’avons pas le choix, nous devons briser le cycle du traumatisme afin que nos générations futures puissent avoir une meilleure vie. Je crois que ça commence par l’eau et finit par l’eau. L’eau c’est la vie. Serez-vous avec nous ?

 

 

 

Front Anti-CFA : Onde de désobéissance monétaire et financière

Le 12/02/2017

http://frantzfanonfoundation-fondationfrantzfanon.com/article2377.html
 

Front Anti-CFA : Onde de désobéissance monétaire et financière
mercredi 8 février 2017

La Fondation Frantz Fanon soutient le Front Anti CFA dans une perspective décoloniale. L’adossement de la monnaie CFA à l’euro et sa gestion imposée par l’ancienne puissance coloniale, qu’est la France, obère le processus de souveraineté des 14 pays encore maintenus sous cette servitude. Cela remet en cause l’un des principes fondateurs de la Charte des Nations unies, le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Il est temps que la colonialité du pouvoir qui s’exprime ainsi cesse, de façon à ce que ces pays deviennent pleinement indépendants et les peuples libérés de ce poids inique.

Samedi 11 février 2017, 15h, 34 Avenue Vieux Chemin de St-Denis 92390 Villeneuve-La-Garenne (À 5 minutes à pieds du Centre commercial Qwartz)
Sous l’impulsion du Front Anti-CFA en Afrique aura lieu le 11 février prochain une série d’activités coordonnées dans 25 pays et 3 continents pour dénoncer le colonialisme financier et monétaire et avancer des alternatives. Vers un front intercontinental pour un nouveau système financier et monétaire

http://observatorio-riqueza.org/communique-de-presse-front-anti-cfa-mobilisation-30-villes-monde-11-fevrier/?lang=fr

Le monde est en pleine convulsion et ne cesse d’exhiber presque tous les maillons de son archaïque architecture politique et économique. L’économie n’y échappe pas et le séisme financier de 2007-2008 nous a révélé à quel point la logique néolibérale continue profondément à hégémoniser les agendas politiques et à évacuer ses contradictions sous forme de projets réactionnaires, néocoloniaux et excluants. Les chiffres portant sur les inégalités mondiales1 fournis par le dernier rapport d’OXFAM reflètent en grande partie cette réalité.

Pourtant, la transition vers un monde multipolaire et les contradictions du capitalisme elles-mêmes provoquent un retour du politique dans le domaine du système financier et monétaire. Ces systèmes ont suivi un encastrement continu dans la mondialisation à partir de l’ordre économique scellé à Bretton Woods en 1945 et au cours des quarante dernières années de globalisation néolibérale. Une vague de désobéissance citoyenne, depuis les bases sociales, mais aussi au niveau national et régional se développe et promeut une re-signification des systèmes monétaires en les réorientant vers de nouveaux horizons sociaux et géostratégiques.

Un exemple inspirant de ce mouvement voit le jour depuis fin 2016 dans un ensemble de pays de la zone centrale et occidentale de l’Afrique, zone dans laquelle régit une sorte de système monétaire « fossilisé » depuis l’époque coloniale. Différents groupes d’activistes et secteurs de la diaspora africaine ont décidé de reprendre le débat autour de la « Coopération Financière en Afrique » actuellement configurée par trois blocs économiques2. Quinze pays ont intégré cette architecture monétaire à partir de 1945, avec la promesse de parvenir à une stabilité monétaire et une transition accélérée vers le développement économique. Deux mécanismes, bien connus sous d’autres latitudes, sont à la base de ce colonialisme économique : l’endettement – en lien avec main mise sur les budgets nationaux par le FMI et la Banque mondiale, et la « servitude » monétaire, toutes deux légitimées par un subtil dispositif d’influence communicationnelle et institutionnelle, dispositif que l’économiste africain Nicolas Agbohou3 n’hésite pas à comparer à un « nazisme » monétaire.

Les faits montrent que le mécanisme de contrôle qui a été mis en œuvre dans cette zone de coopération financière au cours des 70 dernières années est semblable à celui que le régime nazi a imposé au cours de la 2e guerre mondiale dans les pays européens occupés. En quoi cela se traduit-il aujourd’hui dans ces blocs économiques en Afrique ? En substance, il s’agit d’une architecture de contrôle technique, institutionnel et juridique, qui lie d’un côté l’émission monétaire effectuée en dehors de la juridiction des pays africains sous la manne de la diplomatie française ; et de l’autre, la maîtrise des flux monétaires sur la base de quatre mécanismes : la parité fixe entre l’euro et le franc CFA (qui agit comme levier d’austérité et dévaluation programmée) ; la centralisation des changes et les comptes d’opération placés sous tutelle du Trésor français (permettant de capter les devises africaines) ; la libre convertibilité du Franc CFA en euro (pour neutraliser la capacité d’émission monétaire sans qu’il y ait de convertibilité interne du franc CFA entre les trois blocs économiques africains) ; et enfin la libre transférabilité des capitaux africains en Europe (qui en définitive normalise la fugue de capitaux sur le plan institutionnel).

Sans aller dans les détails de cette ingénierie, les résultats sont éloquents et contrastent de toute évidence avec les questions de fond auxquelles sont confrontés les peuples d’Afrique subsaharienne : à savoir sortir de la marginalité économique et intégrer le monde multipolaire avec un projet africain et donner un avenir à un continent dont la population double tous les 25 ans et qui se compose à 70% de jeunes de moins de 35 ans. Beaucoup de ces quinze pays figurent aujourd’hui en bas de l’échelle de l’indice mondial de développement humain et sont pris dans la toile d’une spirale d’appauvrissement, ou plus exactement d’une spirale sophistiquée d’extraction de richesse et de subventions aux économies des pays développés. Rappelons que dans les années 60, le PIB par habitant de ces pays était au même niveau que celui de la Corée du Sud, du Cambodge ou du Vietnam. On estime que 50 milliards de dollars sont extraits de l’Afrique chaque année (l’équivalent de 3% du PIB du Mali, 1% du Sénégal, 6% de la Côte-d’Ivoire)4, dépassant le volume de l’aide publique au développement fournie par les pays industriels.

Par ailleurs, les économies de l’Afrique subsaharienne sont fortement « primarisées » et balkanisées, prisonnières du dogme orthodoxe préconisant le contrôle de l’inflation, peu aptes à consolider des relations commerciales intra-régionales (15% des transactions économiques se font régionalement) et à donner une plus grande cohérence au projet naissant de bloc continental esquissé par l’Union Africaine. En fin de compte, comme le rappelle les activistes de ce mouvement citoyen africain, le troc d’une souveraineté politique pour une soumission économique au moment des indépendances a fini par saboter la base même de la souveraineté nationale. Le cycle actuel de la déflation mondiale et de la dévalorisation des matières premières ouvre d’ailleurs de nouvelles brèches dans ce schéma économique.

Comment cette servitude monétaire ait-elle pu perdurer au cours du temps alors que d’autres pays africains ont su emprunter d’autres voies ? La stabilité monétaire établie sur l’euro a été un facteur important. Le poids de la realpolitik postcoloniale et du pacte d’allégeance en échange de protection diplomatique est également une variable significative. Mais rappelons que bien que plusieurs pays soient temporairement sortis de l’union monétaire – comme le Mali, le Togo, la Guinée Conakry et la Mauritanie (cette dernière l’ayant quitté définitivement), les dirigeants africains qui se sont rebellés contre l’ordre colonial ont été renversés par la force militaire ou des pressions de tout ordre. Les derniers exemples en date sont ceux de l’ancien président Mouammar Kadhafi en Libye, promoteur d’une monnaie et d’un projet panafricain, et Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire, moteur d’une nationalisation du système financier dans un pays qui participe à hauteur de 40% de la masse monétaire du bloc sous-régional.

Mais il faut aussi reprendre l’analyse des économistes Nicolas Agbohou et Bernard Lietaer lorsqu’ils soulignent que les systèmes monétaires avaient été conçus le siècle dernier dans la claire conscience de constituer un facteur d’homogénéisation et de création de monopoles au service du pouvoir central, conscience qui aujourd’hui semble avoir été fortement diluée au cours du temps pour différents acteurs sociaux et pour la citoyenneté en général. La monnaie est bel et bien un « fait social total », relationnel, économique, politique, spirituel, comme le suggère l’anthropologue Marcel Mauss. Pourtant, elle est construite aujourd’hui comme un « objet institutionnel non identifié » dans les sociétés africaines, c’est dire comme un élément abstrait, privatisé et autoréférentiel, très éloigné de la sphère civique et politique.

Cette question n’est pas vraiment nouvelle dans la vie politique africaine. Depuis la conférence de Bandung avec les pays non-alignés jusqu’aux processus d’indépendance et de libération nationale, la souveraineté monétaire a toujours été mise à l’ordre du jour et s’est heurtée aux rapports de force du moment. Mais la jeunesse africaine, mobile et transnationale, apparaît aujourd’hui porteuse d’un nouvel imaginaire. Beaucoup de jeunes Africains formés en Europe ou en Asie, de la même façon que les protagonistes du printemps arabe en 2011, ont appris à relativiser les dogmes, à ne pas se conformer de la fatalité des jeux géopolitiques et tentent d’explorer les failles d’un système confiscateur de futur et de richesse.

Ce panorama africain nous offre une matrice féconde pour comprendre les réalités d’autres zones centrales ou périphériques de l’économie mondiale. Dans le cas de l’Amérique latine, un profond phénomène d’exclusion monétaire, d’instabilité financière et d’abus de position dominante du dollar sur les monnaies nationales est en vigueur, phénomène qui paradoxalement n’a pas pénétré plus profondément dans l’agenda des projets politiques progressistes de la dernière décennie, en dépit des multiples crises qui ont secoué la région dans les années 1990 et 2000.

Les pays latino-américains disposent dans leur majorité d’un droit constitutionnel à l’émission monétaire à travers leurs banques centrales et l’approbation par les Parlements des décisions budgétaires. Les blocs d’intégration politique et économique comme le MERCOSUR se sont consolidés et avec eux les échanges intra-régionaux. Mais le nœud du problème se pose en termes de dépendance à l’égard du dollar comme monnaie étrangère pour les transactions et l’accès au marché mondial (en l’absence d’une alternative monétaire régionale), et de perméabilité des structures financières vis-à-vis des monopoles productifs, commerciaux et communicationnels.

Concrètement, ces monopoles ont le pouvoir de définir et légitimer les prix de l’économie dans les principaux secteurs économiques, de convertir leurs bénéfices en devises étrangères et de les fuguer à l’étranger dans un réseau de 52 paradis fiscaux. Ils peuvent mettre en œuvre tout cela avec la complicité ou la résistance de l’Etat, en fonction de la nature des forces politiques, de certaines nuances formelles et du niveau de politisation de la question financière. Mais en fin de compte, une trame systémique d’extraction économique et d’érosion de justice sociale opère sur le plan factuel et formel, sur un mode similaire à celui que nous avons vu dans le cas africain.

Historiquement, les économies latino-américaines ont connu des cycles de crise bancaire qui ont affaibli les devises nationales et ont engendré une concentration en monnaie étrangère, avec un net impact sur la dé-bancarisation, la perte d’épargne nationale, la difficulté d’accès au crédit et la spéculation financière. Ces écueils ont amené à consolider les monopoles économiques. Là aussi, le volume de fugue des capitaux au niveau régional défie les limites de l’imaginaire : près de 430 000 millions de dollars quittent chaque année le continent5. A titre de comparaison, durant l’année 2015 environ 158 000 millions de dollars entraient en investissement étranger. Ramené à une période de 40 ans en Argentine, champion régional de ce bi-monétarisme néocolonial, il s’agit d’une somme équivalente à 900 milliards de dollars qui a quitté le territoire national (réduisant d’un facteur 12 le montant des recettes fiscales de l’Etat6).

Alors que les gouvernements populaires étaient parvenus à confronter dans une certaine mesure les monopoles financiers et économiques après la rupture de l’Accord de libre-échange des Amériques (ALCA) en 2005, l’extraction systémique de capitaux a continué à opérer comme un profond facteur profond d’érosion de l’Etat et du dynamisme économique. Quand la « prospérité des commodities » a décru avec la chute du cour des matières premières, les pouvoirs économiques concentrés ont relancé un plan de déstabilisation des trois pays de l’axe Caracas-Brasilia-Buenos Aires et tentent à présent de réinstaller de vieux schémas néolibéraux. Dans la pratique, les monnaies régionales ont été dévaluées de plus de 30% en moyenne en 2014 et maintiennent un rythme soutenu de dépréciation par rapport au dollar. De grandes masses d’endettement extérieur ont été souscrits et l’appel aux investissements étrangers reconfigurent un contexte de dépendance économique.

C’est dans ce sens que l’onde de monnaies locales et complémentaires émergentes dans différentes régions et amplifiées par la crise financière de 2007-2008, devient un mouvement significatif pour contester l’ordre unimonétaire dominant. Des milliers de monnaies locales et de systèmes d’échange prospèrent actuellement en Europe et dans le monde, occultées par les médias hégémoniques et s’opposant à l’unitarisme monétaire en vigueur dans les cadres nationaux. Une récente étude publiée dans la revue Alternatives Economiques portant sur environ 40 expériences de monnaies locales en Europe nous montre comment se redéfinissent ici et maintenant les imaginaires assignés à la monnaie. Cette étude montre que celles-ci s’orientent vers la reconstruction et la réparation territoriale (78% des expériences), la consolidation des liens sociaux (61%), la consommation responsable et la transition productive (51%), la démocratisation de la monnaie (49 %) et la stabilisation de la finance (49%).

Les communautés d’échange qui sont créées autour de ces monnaies sont relativement délimitées, localisées et parfois fragiles dans leur capacité à conduire dans le temps un projet monétaire. Bien que les volumes économiques en circulation soient à des années lumières de ceux brassés dans la finance internationale, le saut qualitatif qu’elles proposent est fondamental. Elles confrontent les monopoles de l’imaginaire, du sens commun et les fonctions classiques de la monnaie. L’un de leurs défis est clairement de renforcer la capacité de mobilisation populaire et de construire des articulations institutionnelles (notamment de payer des impôts ou des services dans la monnaie locale). Ce mouvement micro-monétaire n’a pas de leadership centralisé, mais il possède déjà des formes flexibles d’interconnexion (théoriques, sociales, territoriales).

D’autres mouvements liés à cette désobéissance citoyenne prennent forme avec des initiatives d’occupation des banques (Occupy Wall Street ou les « Faucheurs de chaises »), dans le boycott de certains groupes financiers impliqués dans des scandales fiscaux ou dans l’économie noire des énergies fossiles, ainsi qu’à travers la filtration des secrets financiers (LuxLeaks, Swissleaks, Panama Papers) et la résistance aux accords de libre-échange. Ces initiatives sont nécessairement voués à se développer dans l’avenir. Ce que nous observons à la lumière des luttes des mouvement pour une autre économie qui se sont développés au cours des 30 dernières années, est que la somme d’une multitude d’expériences alternatives est loin de produire un changement systémique. Dans la transition géo-économique actuelle, où la dé-dollarisation de l’économie mondiale constitue l’un des épiphénomènes de cette transition, les réseaux civils et les mouvements sociaux sont appelés à promouvoir un nouvel horizon de débat sur la production et la circulation des richesses.

La situation actuelle est celle d’une capture du système financier par les groupes concentrés et les puissances coloniales qui organisent tant légalement qu’illégalement le transfert de volumes faramineux d’une richesse mondiale qui n’a jamais cessé de s’accroître au fil des années. Ce système opère en particulier sur la population du Sud global où se distribue environ 80% des ressources naturelles de la planète et sur la classe moyenne transnationale plongée depuis plusieurs décennies dans un cycle de récession. Rappelons à ce titre que 42 millions de personnes sont sorties de la classe moyenne dans les pays industrialisés depuis la fin de la Guerre Froide et qu’en 30 ans, la part des salaires dans le PIB de tous les pays occidentaux s’est réduite en moyenne de 10%. Outre l’accumulation de niveaux sans précédent de concentration de la richesse, le colonialisme financier fait en sorte que les peuples supportent 98% de la charge totale des impôts alors que le capital n’y contribue qu’à hauteur de 2%.

Toutes les sociétés sont physiquement dotées de plus en plus de richesse et simultanément appauvries par un système monétaire fondé sur le dollar et géré par 8 banques étrangères et 200 sociétés transnationales. Comme l’a à nouveau affirmé avec audace le Pape Francisco et la diaspora africaine dans sa désobéissance monétaire contre le Franc CFA, la monnaie est un instrument central de souveraineté et de justice sociale. Il est temps de remettre à l’ordre du jour la construction d’un nouvel ordre monétaire et financier mondial, en mettant au centre le débat sur les principaux outils de répartition des richesses : les budgets nationaux, les impôts et l’émission monétaire.

Auteurs : François Soulard – Forum mondial démocratique ; Guillermo Robledo, Eduardo Murua, Clelia Isasmendi – Observatoire de la Richesse Pedro Arrupe.

(1) Rapport Une économie des 99% https://www.oxfam.org/es/infor mes/una-economia-para-el-99 , janvier 2017.
(2) L’Union Economique et Monétaire d’Afrique de l’Ouest (UEMOA), la Communauté Economique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC) et l’Union des Comores (UC).
(3) Le Franc CFA et l’Euro contre l’Afrique, Nicolas Agbohou. Editions Solidarité mondiale, 1999.
(4 ) Selon le rapport Thabo Mbeki, présenté et adopté lors du 24e sommet de l’Union africaine les 30 et31 janvier 2015 à Addis-Abeba, l’Afrique a perdu au cours des cinquante dernières années, plus d’un milliard de dollars à travers les flux financiers illicites. http://www.francophonie.org/IM G/pdf/fluxfinanciersillicites_ rapport_francais.pdf
(5) Le montant de l’évasion fiscale s’élève à 350 000 millions de dollars par an selon les études de la Commission Économique de l’Amérique Latine (CEPAL), auxquels s’ajoute 180 000 millions de dollars de transfert pour les balances de paiement par voie légale.
(6) Selon le calcul de la Commission économique pour l’Amérique latine – CEPAL.

Blog de la liste Discriminations (groupe Démocratie réelle)

Pad :
https://pad.attac.org/p/democr atie-reelle

 

La Forêt de Yablokov

Le 11/01/2017

 

https://blogs.mediapart.fr/yves-lenoir/blog/110117/alexey-yablokov-pionnier-russe-de-la-protection-de-lenvironnement-nest-plus-1

Alexey Yablokov, pionnier russe de la protection de l'environnement, n'est plus.


 

L'académicien russe Alexey V. Yablokov est décédé le 10 janvier 2017, à l'âge de 83 ans, au terme d'une longue et douloureuse maladie. A. Yablokov impressionnait : bienveillance, rigueur morale, intransigeance intellectuelle, patriotisme, engagement pour le bien commun et infatigable activité au service de la défense des conditions de la vie sur Terre.

 

Charles Digges, au nom de la célèbre organisation écologiste russo-norvégienne Bellona, avec laquelle il avait collaboré durant de longues années, lui a rendu un bel hommage, sous un titre qui résume en quelques mots l'importance historique de la carrière de l'homme que le Président Boris Eltsine avait pris à ses côtés entre 1989 et 1992 comme conseiller pour les questions d'écologie et d'environnement :

Alexei Yablokov, grandfather of Russian environmentalism, dies at 83

Alexey Yablokov a mené de front mille combats. Il a dénoncé le maquillage du décompte des prises des navires baleiniers russes en violation des accords internationaux (1997). Il a coordonné le dénombrement et la localisation des navires et sous-marins atomiques soviétiques, mais aussi des 17 000 conteneurs de déchets radioactifs immergés dans l'Océan glacial arctique. Son livre blanc sur ces questions a apporté à la Russie une aide de plus 3 Md $ pour le démantèlement de 200 sous-marins et pour assurer la sécurité de dizaines de stocks de déchets radioactifs militaires.

Il joua un rôle majeur de conseil et de témoin dans la procédure conclue par l'acquittement en 2000 par la Cour suprême de la Russie de l'écologiste russe Alexander Nikitin, poursuivi par l'Etat russe depuis 1995 pour la publication du rapport “The Russian Northern Fleet: Source of Radioactive Contamination”.

Sans compter son énergie, il lutta pour amener les séquelles de Tchernobyl au rang de désastre majeur et durable. Il avait coutume de dire : "Tchernobyl est un arbre qui pousse…". Avec le physicien Vassily Nesterenko, un des plus éminents "anciens combattants" de Tchernobyl (le mot "liquidateur" est un euphémisme politique puisque rien n'est liquidé, sinon des vies humaines et des territoires abandonnés), et son fils Alexey, il a rédigé la somme “Chernobyl: Consequences of the Catastrophe for People and the Environment”, publié par Naouka à Moscou en 2006, puis par l'Académie des Sciences de New-York en 2009 et disponible en français dans une version augmentée (Tchernobyl : Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement, <http://ur1.ca/q7gtw>).

Bien qu'en proie aux douloureux développements de sa maladie il a poursuivi ses travaux jusqu'à l'extrême limite de ses forces. L'une de ses dernières publications – "A Review and Critical Analysis of the Effective Dose of Radiation Concept. J Health Pollution, Part I, June 2013 etPart II: An Approach to an Objective Assessment of Human Radiation Risk, October 2014 – devrait inciter tous les radio-biologistes indépendants à se pencher sur le fossé entre la présentation des effets des radiations par les instances internationales – OMS, Commission internationale de protection radiologique et United Nations Scientific Committee on the Effects of Atomic Radiation – chargées historiquement en 1957 de favoriser le développement de l'énergie atomique en appui à la toute jeune AIEA et ce qu'ont révélé tous les accidents majeurs, notamment Tchernobyl.

Alexey Yablokov a été et reste un exemple irremplaçable. Nous avons eu l'honneur mais surtout la chance inestimable de l'avoir rejoint dans sa lutte pour la reconnaissance des dégâts de Tchernobyl, et pour que la chape de l'oubli et de l'indifférence ne scelle le destin des populations touchées par les retombées radioactives de l'accident. La poursuite de son œuvre est désormais notre affaire, celle de tous ceux qui restent solidaires des victimes de Tchernobyl et de Fukushima.

Alexey Yablokov était membre du Parti vert de Russie.

A ses proches et à ses amis nous exprimons nos plus sincères condoléances et partageons la peine de sa perte.

Yves Lenoir

président d'Enfants de Tchernobyl Belarus

auteur de La Comédie atomique, La Découverte, 2016

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autres liens et hommages :

- http://greenbelarus.info/articles/11-01-2017/nastoyashchiy-russkiy-uchyonyy-ushyol-iz-zhizni-aleksey-yablokov

- http://www.yabloko.ru/actually/2017/01/11 

- http://www.ecmo.ru/news/umer-ekolog-yablokov

- http://activatica.org/blogs/view/id/3031/title/skonchalsya-vydayushchiysya-rossiyskiy-jekolog-aleksey-yablokov 

- https://www.facebook.com/profile.php?id=100001795638927  (page facebook de Yablokov)


 

 

sourire à Emanuela Forum Genève 2012


Avec ses amis le Pr Fernex OMS Geneve 2008


Avec Prs Nesterenko et Fernex Genève Bastion2008


Avec Pr Goncharova et Nesterenko OMS Genève 2008




 

 

Le professeur Alexei Yablokov faisait parti des trois scientifiques slaves venus participer à la manifestation contre l'étouffement des conséquences sanitaires et écologique de la radioactivité à Genève le 26 avril 2008.

En 2012 il participa au forum sur la radioprotection http://independentwho.org/en/2013/06/22/proceedings-forum-mai2012/

http://independentwho.org/fr/2012/06/21/forum-enregistrements-mai2012/

sur :

http://independentwho.org/fr/audios-videos/

« Controverses Nucléaire » de Emanuela Andreoli et Wladimir Tchertkoff

http://www.dailymotion.com/video/xr56pr_controverses-nucleaires_news#.UYEl28x6lXg

et sur http://www.alerte-verte.com/

On le voit s'indigner fortement avec d'autres devant l’establishment des nucléocrates lors de la conférence Forum-Tchernobyl à Kiev en 2001 dont les actes ne furent jamais publiés car trop accablants pour l’establishment nucléaire.


 

- Pr Yablokov au Symposium de New-York les 12 et 12 Mars 2013 :

http://www.dailymotion.com/video/xysygr_les-lecons-de-tchernobyl-alexei-yablokov-au-symposium-de-new-york-en-mars-2013_news#.UX-cNsx6lXg

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De la somme que Yablokov avait rassemblé avec les autres scientifiques, Wladimir Tchertkoff en rappelle « un extrait du beau texte placé en liminaire de la première édition de 2007 du Livre Tchernobyl, Conséquences de la catastrophe sur la population et l’environnement de A.V. Yablokov, V.B.Nesterenko et A.V. Nesterenko. » :


 

… « D’année en année on assiste à une hausse de la morbidité des maladies non cancéreuses d’étiologie diverse. L’analyse des courbes de la morbidité générale des enfants vivant dans les territoires contaminés par Tchernobyl est particulièrement désespérante. D’année en année on voit diminuer le nombre d’enfants pratiquement en bonne santé. A Kiev, par exemple, où il y avait 90% d’enfants en bonne santé avant l’accident, leur pourcentage a diminué au cours des années qui ont suivi pour ne plus constituer aujourd’hui que 20%. Dans certaines régions du Polessié il n’y a plus un seul enfant en bonne santé. La morbidité chez l’adulte augmente aussi sensiblement dans tous les groupes d’âge : au cours des 20 ans qui ont suivi l’accident son taux s’est vu multiplié par divers facteurs selon les maladies. On observe avec netteté l’augmentation des cas de maladie cardio-vasculaire, la hausse de la fréquence des attaques cérébrales, des infarctus, de l’ischémie du muscle cardiaque. La durée moyenne de vie s’abrège en conséquence.

On observe une situation nettement inquiétante concernant les maladies du système nerveux chez l’enfant comme chez l’adulte. La fréquence des maladies de l’oeil, en particulier des cataractes, est en hausse brutale.

Les diverses formes de pathologie de la grossesse et l’état de santé des nouveaux-nés dans les familles des liquidateurs de l’accident ou de ceux qui ont été évacués des zones de forte contamination ne manquent pas d’inquiéter.

Les actions des défenseurs de l’énergie atomique qui nient les effets nocifs de l’irradiation sur la santé des populations paraissent particulièrement cyniques sur cette toile de fond tragique. Leurs paroles s’accompagnent malheureusement d’actes correspondants : refus presque total du financement de la recherche médico-biologique, suppression des institutions chargées « des affaires de Tchernobyl », détournement des équipes de scientifiques de l’étude des problèmes engendrés par la catastrophe de Tchernobyl. De plus il reste parmi nous de moins en moins de spécialistes qui sont allés à l’école de l’accident, qui ont pu pénétrer au plus profond des véritables causes des effets radiologiques et ont appris à contrecarrer le développement des conséquences néfastes de l’irradiation. Très bientôt il ne restera plus personne de ceux qui ont appris par leur propre expérience comment il faut agir dans le cas d’une catastrophe radiologique de l’ampleur de celle de Tchernobyl. Pourtant l’expérience acquise est utile non seulement aux pays touchés par cette catastrophe mais aussi à l’avenir de notre planète tout entière qui doit s’attendre à divers accidents à grande échelle vu la direction que suit actuellement le développement des technologies.

Sommes-nous donc à tel point myopes qu’à cause de l’entêtement de quelques favoris du nucléaire privés d’humanité et de morale, nous sommes prêts à perdre l’expérience de la protection de l’homme des conséquences des éventuelles catastrophes technologiques à grande échelle, expérience que nous avons acquise avec tant d’abnégation et de sincère désintéressement ? Le progrès rapide que l’on observe en biologie et en médecine nous permet d’espérer qu’il n’est pas vain de chercher les moyens de supprimer les risques de nombre des maladies provoquées par une irradiation chronique. Il serait tout à fait insensé de négliger ces possibilités.

Il faut espérer malgré tout que l’objectivité dans l’évaluation des conséquences sanitaires de Tchernobyl finira par prendre le dessus, que la diversité biologique et une attitude morale de la société en général à l’égard du progrès technique futur finiront par triompher.

On voudrait tant y croire.

Ce livre représente vraisemblablement la tentative la plus complète à ce jour de généraliser un très grand nombre de données concernant les effets nocifs de la catastrophe de Tchernobyl sur la santé des populations et de l’environnement. Les matériaux du livre montrent avec évidence que les conséquences de la Catastrophe augmentent au lieu de diminuer et continueront à augmenter dans l’avenir. »

D.M. Grodzinski, Docteur en biologie Président du Département de biologie générale, Académie nationale des Sciences d’Ukraine, Président de la Commission nationale d’Ukraine sur la protection contre les radiations. (http://independentwho.org/fr/2015/04/17/livre-tchernobyl-consequences/)


 

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introduction par Yablokov du même livre en version française :

Aux lecteurs français

Ce livre est l’étude la plus complète des publications scientifiques présentant des faits relatifs aux conséquences de la plus grande catastrophe d'origine humaine dans l'histoire de l'humanité.

Chacune des éditions consécutives à la première publication de Saint-Pétersbourg en 2007 – celle de New York en 2009*, de Kiev en 2011, de Tokyo en 2013 – est de plus en plus volumineuse en rai-son de nouvelles données, confirmant l’importance énorme des conséquences de la catastrophe de Tchernobyl pour la santé humaine et pour l’environnement. Nous n'avons pas eu le temps d'inclure, dans cette nouvelle édition, les dizaines de nouvelles données qui ont été publiées en 2013 et 2014. Par exemple :

• dans les territoires les plus contaminés d'Ukraine et de Russie, les malformations congénitales chez les nourrissons sont sensiblement plus nombreuses [1, 2] ;

• l’analyse des statistiques démographiques officielles a révélé (en plus des données décrites précédemment pour de nombreux pays européens) une variation statistiquement significative de la proportion entre garçons et filles, parmi les nouveau-nés, en Russie et à Cuba, en 1987, en corrélation apparemment avec l'utilisation intensive des produits contaminés par les radionucléides de Tchernobyl [3] ;

• dans les territoires de Russie, contaminés par les radionucléides de Tchernobyl, on note une augmentation des maladies cancéreuses [4].

Les critiques pro-nucléaires accuseront à nouveau les auteurs de ce livre (comme ils nous ont accusés après la première publication de cette monographie) de ne pas se référer aux seules données « publiées dans des revues scientifiques à comité de lecture ». Mais est-ce que, même sans analyse scientifique, les données statistiques officielles ne parlent pas d’elles-mêmes, lorsque un sanglier sur trois, abattu dans la région de la Saxe – et cela 28 ans après la catastrophe de Tchernobyl – est dangereuse-ment radioactif [5] ou que les rennes de la Norvège septentrionale sont devenus, en l’été 2014, 5,5 fois plus radioactifs qu’en 2012 en raison du fait qu'il y avait une pousse abondante de leurs champignons préférés qui concentrent le césium 137 contenu dans le sol [6] ?

Malheureusement, les leçons de Tchernobyl ne sont pas suffisamment intégrées. Pendant la «

liquidation » des conséquences de l’autre catastrophe atomique mondiale de Fukushima en 2011, les mêmes erreurs ont été commises en évacuant les habitants des sites contaminés dans d'autres sites également contaminés. Il y eut les mêmes mensonges de la part des fonctionnaires gouvernementaux et des mêmes organisations pro-nucléaires internationales – l'AIEA et l'OMS – au sujet des niveaux de la contamination radioactive. L’occultation immorale des données sur les maladies causées par les radiations a été également répétée.

Les pertes économiques liées à Tchernobyl ont aujourd’hui nettement dépassé 500 milliards de dollars. Les pertes liées à Fukushima ont atteint, suivant les évaluations, 200 milliards de dollars et continuent à augmenter. Mais malheureusement le fardeau de ces coûts ne pèse aucunement sur les entre-prises nucléaires. Cette irresponsabilité économique et sociale des atomistes constitue une injustice criante, qui permet à l’industrie atomique de se développer au détriment des États.

Toutes les données présentées dans ce livre montrent que les conséquences sur la santé et l’environnement de la catastrophe de Tchernobyl sont beaucoup plus graves que celles qui résultent des modèles officiels de la radioprotection. Elles témoignent du fait que les niveaux de risque radiologique adoptés sont sérieusement sous-estimés et doivent être révisés (voir détails [7].). Si ces règles officielles prenaient correctement en compte l'effet cumulatif des faibles doses, l'industrie de l'énergie atomique, dans sa forme actuelle, n’aurait pas de place dans une société civilisée.

Après Tchernobyl, la construction de nouvelles centrales nucléaires à travers le monde avait quasi-ment cessé. Mais 25 ans après, l'industrie nucléaire s’est remise du choc et s’est mise à parler de la « renaissance nucléaire ». Fukushima semblait avoir mis fin à cette « renaissance », conduisant l'Allemagne et une série d'autres pays à l’arrêt du développement de l'énergie nucléaire. Une série, mais pas tous… Notre incapacité à régler une vie internationale sans armes nucléaires confère un attrait sinistre à la création d'armes nucléaires sous le couvert du développement légal de l'énergie nucléaire « pacifique ». En plus de cela, certains pays sont toujours tentés par l’apparente facilité de résoudre les problèmes de l'énergie en utilisant l'énergie de la fission atomique. À la fameuse question que pose le héraut de l’industrie nucléaire, Vladimir Vernadsky, en 1922 [8] : « L’humanité saura-t-elle se servir de cette force pour le bien et non pour l'autodestruction ? », nous pouvons répondre avec certitude, 92 ans après, qu’ELLE N’A PAS SU.

Les radionucléides rejetés par l'explosion du réacteur de Tchernobyl dans le lointain 1986 empoisonneront la planète encore pendant des centaines et des milliers d'années. L'irresponsabilité et la cupidité des scientifiques atomiques, notre indifférence et la mémoire courte déterminent le caractère inévitable de nouvelles catastrophes nucléaires. Pour reprendre les mots du célèbre journaliste tchèque, Julius Fucik,

« HOMMES, SOYEZ VIGILANTS ! ».

Nous espérons que les connaissances contenues dans ce livre viendront éclairer cette vigilance.


 

Alexey V. YABLOKOV,

15 Janvier 2015


 

* Chernobyl, Consequences of the Catastrophe for People and the Environment – Volume 1181 des Annales de l’Académie des Sciences de New-York http://independentwho.org/media/Documents_Autres/Chernobyl_Consequences_of_the_catastrophe_for_people_and_the_environment_Reduit.pdf


 

[1]. Wertelecki W., Yevtushok L., Zymak-Zakutnia N. et al. 2014. Blastopathies and microcephaly in a Chorno-byl impacted region of Ukraine. Congenital Anomalies, vol. 54, pp. 125–149.

[2]. Корсаков А., Яблоков А., Трошин и др. 2014. Сравнительная оценка частоты врожденных пороков развития у детского населения Брянчской области, проживающего на террит ориях, пострадавших вследствии Чернобыльской катаст рофы (1991 – 2012). Весник Моск. Универ., серия XXIII (Антропология), # 2. cc. 122 -128. / Korsakov A, Yablokov A, Torchine (Torshin) et al. 2014. Évaluation comparative de l'incidence des malformations congénitales dans la population infantile du district de Briansk, vivant dans les territoires affectés par la catastrophe de Tchernobyl (1991 - 2012).

[3]. Scherb H., Kusmierz R., and K. Voigt. 2013. Increased sex ratio in Russia and Cuba after Chernobyl: a radi-ological hypothesis. Environ. Health. Vol. 12: # 63 (Published online Aug 15, 2013. doi: 10.1186/1476-069X-12-63).

[4]. Корсаков А., Михалёв В., Трошин В. 2013. Комплексная эколого-гигиеническая оценка изменений состава среды как фактора риска для здоровья населения. Palmarium Academic Publ., 404 c. / Korsakov A, Mikhaliov V. Torchine v. (Torshin)

[5]. Radioactive wild boar roaming the forests of Germany. 2014. The Telegraph, September 01 (http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/germany/11068298/Radioactive-wild-boar-roaming-the-forests-of-Germany.html).

[6]. Norway’s radioactive reindeer. 2014. BarentsObserver. October 7 (http://barentsobserver.com/en/nature/2014/10/norways-radioactive-reindeer-08-10).

[7]. Yablokov A. 2013. A Review and Critical Analysis of the “Effective Dose of Radiation” Concept. Jour. Health & Pollution, vol. 3, # 5, pp. 14 – 28. Cf. Actes du Forum Scientifique et Citoyen sur la Radioprotection, de Tchernobyl à Fukushima, Genève, 12-13 mai 2012, http://independentwho.org/fr/2013/03/13/actes-du-forum/

[8]. Вернадский В. 1922. Очерки и речи. Издательство "НХТИ", Москва, вып.1, стр. 8. / Vernadsky V. 1922. Essais et discours. Édition "НХТИ", Moscou, fascicule 1, p.8.

 

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Extraits (1996 « Tchernobyl- conséquences sur l'environnement, la santé, et les droits de la personne - Tribunal Permanent des Peuples » Ed. Ecodif ).

« Tribunal permanent des Peuples » qui a donné sa sentence (en italien sur http://www.internazionaleleliobasso.it/?p=80 ) et dont le déroulement a été retranscrit dans un livre du même nom. http://www.dissident-media.org/infonucleaire/solange_fernex.html

disponible sur http://libre-infos.eklablog.com/-a46203294

 

« Au total depuis les débuts ...c'est 32 millions de victimes que l'on peut attribuer à la radio-activité » (Dr Bertell p15)

« sorte de dégénérescence de la science et des technologies...car la science est devenue une profession asservie aux intérêts politiques et commerciaux...plus graves à l'avenir si nous ne changeons pas notre comportement. » (Pr Andreev p32)

« accusation des opérateurs (idem pour les accidents aériens) qui l'avaient signalé a leurs supérieurs... »

« ce dysfonctionnement existe dans toute grande installation industrielle, chaque fois que des considérations commerciales priment sur la sécurité. » (Pr Andreev p36)

« Nous devons former des spécialistes ayant une formation très pointue sans être étroite. Les scientifiques et techniciens n'ont pas conscience du fait que leur travail détruit l'environnement... plus le problème du langage avec le public. » (Dr Kromp p37)

« On laisse les gangsters ( AIEA ) faire la police » (Pr Hesketh p40)

«  Il s'agit d'un grave problème structurel de société. Une société qui déclare: « je veux un scientifique qui ne me dise que ce que je veux entendre », est une société dans laquelle quelque chose est fondamentalement biaisé. » (Pr Hesketh p43)

« nous voyons que beaucoup de gens, dans notre monde industrialisé, sont des esclaves du système. Mais nous ne devrions pas les excuser pour cela...Chacun doit prendre sa part de responsabilités. Personne ne doit être excusé s'il refuse de le faire. ...Il est en conséquence très important de créer un climat de transparence, de souligner la responsabilité de chaque individu. Plus les gens sont conscients du problème, plus leur responsabilité est grande. » (Pr Weish p69-70)

 

« Que représente le droit fondamental à la vie, que signifie le droit à la vie lorsque des mères mettent au monde des bébé méduses ...?»... « le langage de la souffrance récuse le problème de l'expertise » (Juge Koumar p76 )

 

« l'industrie nucléaire d'un pays doit être soumise à des obligations par rapport à la société. Les gens qui vivent à proximité d'une centrale sont les victimes de la radioactivité, il faut respecter leur droit. » (Pr Sharma p83)

 

« Le Pr Lazjouk gère un registre des malformations depuis 1982, il a noté une augmentation significative de quatre malformations majeures: spina bifida, anencephalie, amelie, polydactylie » (sage-femme de Sitomir p90)

 

«  ...mort-nés, mort périnatales, avortement » ...« Depuis les travaux de Muller en 1927, on connaît parfaitement les effets mutagènes des radiations sur les foetus animaux et humains » (Dr Gadekar p95)

« il a reçu le prix Nobel pour ses résultats. Il a trouvé que les isotopes radioactifs produisaient en un mois les mêmes mutations que des substances chimiques pendant plusieurs années » « étant donné que nous sommes exposés à la radioactivité naturelle que cela nous plaise ou non, nous subissons des mutations identiques à celles qui sont provoquées par des radiations artificielles. En augmentant la radioactivité dans l'environnement, nous augmentons simplement le taux des mutations » (Dr Bertell p99)

 

« Nos données montrent qu'en augmentant les doses à partir de très faibles doses, nous notons d'abord un accroissement puis une décroissance puis à nouveau une croissance »... « Cette courbe démontre ainsi que les effets des faibles doses sont plus importants que ceux de doses plus élevées. » « Lorsque nous étudions l'évolution du status antioxydant et du status immunologique sous l'effet de doses croissantes, nous trouvons deux courbes similaires. Nous trouvons une corrélation des aberrations chromosomiques avec la dose, et des modifications correspondantes du status antioxydant. Dans les deux cas , ce sont de très faibles doses qui ont induit les différences les plus grandes par rapport au groupe contrôle » (effet Petkau) (Pr Bourlakova p110)

 

« Tous les troubles de l'immunogénèse et du système hématopoïétique sont accélérés dans les conditions extrêmes: les radiations,la pollution des sols, de l'eau, de l'alimentation, etc. nous avons une augmentation de 18% de maladies lympho-prolifératives. » (Pr Kogarko p113)

 

« Nous constatons que les cellules qui posent problème ne sont pas celles qui ont été fortement irradiées, mais celles qui ont été touchées par les effets précoces des radiations et qui sont soumisent à un effet prolongé de faible doses » (Pr Pelevina p121)... « dépression du système immunitaire... déformation des globules rouges...perte de mémoire (asthénie)

« affection gastro intestinales, respiratoires, cardio-vasculaire, cancer, etc....troubles mentaux: asthénie, cérébrasthénie, diminution des capacités mentales et physiques, saute d'humeur, baisse de la concentration et trouble de la mémoire ...27 à 30% d'adultes et d'enfants en bonne santé... » (Pr Kryshanovskaya p127)

« La seule manière de résoudre le problème des faibles doses de radiation est d'arrêter au plus vite chaque réacteur nucléaire dans le monde » (Pr Gould p139)

 

« Les pro-nucléaires refusent d'admettre qu'il s'agisse des conséquences des radiations, afin de ne pas avoir à indemniser les victimes » (Dr Furitsu p161)

 

« La communauté scientifique sait et nous savons que toute radioactivité est dangereuse, qu'elle produit des lésions très graves. Elle sévit depuis très longtemps et nous avons accumulé suffisamment de données sur ses atteintes aux êtres humains: Nous connaissons les atteintes biochimiques, cellulaires, et si nous n'entreprenons pas quelque chose maintenant; il sera trop tard. » (Dr Gadekar p166)

 

« Les expériences de Hiroshima, Nagasaki et Tchernobyl nous enseignent que les atteintes des radiations ne sont ni un problème local, ni un problème national. Il s'agit d'un problème global de vie ou de mort qu'il nous faut résoudre si nous voulons permettre la survie de la vie sur notre planète »... « nous réclamons en conséquence le fermeture de toutes les centrales atomiques et la reconversion des politiques énergétiques pour pouvoir nous passer du nucléaire »... « souhaitant poursuivre leur politique nucléaire, ils traitent les victimes de Tchernobyl comme des « cobayes ». Nous ne pourrons jamais tolérer cela. » ( Dr Sadamori p166-169)

 

« En fonctionnement normale d'une centrale atomique, tous les gaz radioactifs et tous les liquides radioactifs de la réaction atomique sont rejetés sauf les solides » (Dr Bertell p170)

« les physiciens s'arrangent avec les ingénieurs. Ils fixent des normes puis affirment rester en deçà des « normes ». Lorsque l'on parle aux médecins, ils admettent que les normes ne protègent personne »... « ramener ce qui est légale à ce qui est sans danger » (Dr Lakimets p171)

 

« Ces millions de dollars dépensés pour des études répétitives servent davantage aux carrières des chercheurs qu'à la santé des victimes »... « 28% des liquidateurs morts de diabètes sucrés, à Gomel 50% de cas de diabète sucré chez l'enfant » ( Dr Fernex p183)

« cela prouve que les centrales en fonctionnement normal sont tératogène, ceci est une raison majeure pour arrêter l'industrie atomique. De tels effets justifieraient le retrait immédiat d'un médicament ou d'un insecticide. Les mêmes règles ne devraient-elles pas s'appliquer à l'énergie nucléaire? »( Dr Fernex p192)

« les isotopes radioactifs absorbés comme l'iode, le strontium et autres n'existaient pas dans la nature avant l'ère nucléaire » (Pr Gould p196)

« Ils sont prisonniers d'un piège économique » ( Mme Ahern p199)

« La France et la Chine qui ont récemment procédé à des essais nucléaires (1996) contre l'opinion internationale , doivent comprendre que non seulement elles ont commis une grave erreur politique, dans la période qui a suivi la Guerre Froide où la dissuasion a pratiquement perdu toute crédibilité, mais surtout qu'elles ont encouragé certains pays à se doter d'une capacité d'armes nucléaire » (p223)


 

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C'était le 26 Avril 2008 à Genève

Le Pr Yablokov s'adresse aux vigies devant l'OMS (www.independentwho.org). Il est traduit par Wladimir Tchertkoff:

« Pr Alexei YABLOKOV écologue : – Au moment d’évaluer les conséquences de Tchernobyl, nous nous sommes heurtés à la falsification gouvernementale des données. Gouvernementale et internationale. L’Organisation mondiale de la santé ne nous dit pas la vérité, parce qu’elle est liée à l’AIEA par le scandaleux accord de 1959. – C’est une situation extraordinaire, qui nécessite des mesures extraordinaires pour y mettre fin. Je suis enthousiasmé par ce que vous faites. Votre vigie permanente est une action très inhabituelle, très forte… elle est tout à fait fantastique, il faut absolument la continuer. Nous devons obliger l’Organisation mondiale de la santé de dire la vérité, c’est-à-dire de rompre cet accord. – Il y a un deuxième sens à votre action, dont vous n’êtes peut-être même pas conscients. C’est l’importance de votre vigie pour les pays victimes, pour la Biélorussie, pour la Russie, pour l’Ukraine. Pour nous qui combattons pour la vérité dans ces pays, c’est très important, - cela nous donne une force énorme, une force nouvelle : le fait de savoir que vous êtes là, que chaque jour, ne serait-ce qu’une seule personne est présente ici. Cela nous dit que nous ne sommes pas seuls avec ce malheur. Que le monde nous entend, qu’il nous voit, qu’une nouvelle humanité se lève." http://bellaciao.org/fr/spip.php?article134995 (mort pour l'Europe)


 

"Le physique de Yablokov est impressionnant ; c’est un géant, ses sourcils sont aussi épais qu’une forêt."

En 2014, un autre forum sur les conséquences génétiques sur le vivant avait eu lieu en même place à quelques encablures de l'OMS.http://independentwho.org/fr/2014/09/21/forum-effets-genetiques/

Le scientifique Timothy Mousseau y exposa ses travaux, il faisait remarquer les dommages sur l'ADN et sur le ralentissement de la croissance de tout organisme vivant, son propos portait sur les modifications sur les animaux et les arbres.

Extrait des Actes du forum sur les effets génétiques des rayonnements ionisants :

p88 « Les arbres montrent continuellement les effets étranges de leur développement. Ce sont des pins sylvestres, ils devraient être grands et droits, mais dans les zones très contaminées on voit toutes sortes de modèles de croissance vraiment inhabituelles causées soit par la toxicité directe soit par l'effet mutagène du rayonnement.

On voit également une différence dans la qualité[densité etc] et la couleur du bois. »[...]

et quand nous avons prélevé des échantillons de 300 arbres et examiné les modèles de croissance, voilà de nouveau les effets négatifs dramatiques sur la croissance suite au désastre de Tchernobyl, qui ont tendance à ressurgir dans les années de sécheresse.[...]

p89 « Dans la forêt rousse...Ces troncs d'arbres, qui étaient là depuis plus de 15 ans déjà, ne s'était pas du tout décomposés, ils étaient plutôt intacts »[...]

« nous avons constaté que le taux de décomposition, la vitesse à laquelle la matière avait été décomposée par les bactéries, était bien plus basse dans les zones à forte contamination. »

« le rayonnement avait une incidence sur l'activité microbienne. C'est très grave puisque cette décomposition naturelle permet le recyclage des nutriments dans l'écosystème [régénération de l'humus etc] et donc cela a potentiellement une conséquence sur tout l'écosystème et peut-être en partie responsable de la croissance plus lente des arbres que nous voyons aussi dans certaines zones. ».[...]

p92"...le résultat principal, contrairement aux rapports rapports gouvernementaux comme celui du forum Tchernobyl ou de l'UNSCEAR, c'est qu'il y a une énorme quantité d'informations démontrant les conséquences, les dommages à tous les niveaux de l'organisation biologique, de l'ADN aux individus, aux espèce, aux populations, à l'écosystème. [prouvés de longue date Cf Jean Rostand etc]. Maintenant il y a beaucoup de données qui démontrent ces effets, et il faut leur accorder plus d'attention, les prendre avec considération lorsqu'on commence à réfléchir aux effets des rayonnements."

La radioactivité est toujours là et grandie, parmi ses conséquences il y a le fait que les risques d'incendie se multiplient dans les zones contaminées et il y a à nouveau une redistribution « automatique  » de pollution radioactive dans l'atmosphère :

« Depuis l'accident de 1986, les forêts alentour sont fortement contaminées au césium 137. Cet élément radioactif est particulièrement concentré dans la litière, c'est-à-dire les aiguilles et le feuilles agglomérées au sol, mais le bois en contient également. Lorsque la forêt brûle, cette radioactivité se retrouve en suspension dans l'air et peut alors voyager au gré du vent et des pluies. Si la chaleur de l'incendie est particulièrement forte, alors même la litière, d'ordinaire plus humide, peut s'embraser et libérer de la radioactivité.

L'IRSN s'est déjà intéressé à ce sujet parce que les incendies sont fréquents dans cette région de l'Ukraine. D'ordinaire, les plus gros épisodes surviennent entre août et septembre. Il sont d'ailleurs de plus en plus communs car les bois sont de moins en moins bien entretenus. En 2002, 2008 et 2010, nous avons assisté à des incendies spectaculaires dans la même zone, avec des surfaces considérables et de nombreux foyers. Dans les semaines qui ont suivi, nous avons alors pu constater un niveau de radiation dans l'air français, trois fois supérieur à la normale avec 1,5 microbecquerel par mètre cube, contre 0,5 habituellement. »

« Pourtant, comme à son habitude, l’IRSN se veut rassurant, déclarant que malgré le risque de triplement de la radioactivité mesuré dans l’air : « on ne peut pas parler d’impact sur la santé publique »

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http://www.sortirdunucleaire.org/Incendies-a-Tchernobyl-la-radioactivite-remise-en

Incendies à Tchernobyl : la radioactivité remise en circulation

Le 28 avril 2015, quasi 29 ans après l’explosion du réacteur n°4 de Tchernobyl, un important feu de forêt s’est déclenché autour de la centrale. Cet incendie comportait un risque de redistribution d’une partie de la radioactivité contenue dans les sols sur de larges zones.

Un incendie gigantesque

Il ne s’agit pas du premier incendie en zone contaminée ; d’autres sont déjà survenus en 1992, 2002, 2008 et 2010. Mais celui-ci est le plus important depuis 1992. Selon le Ministre de l’Intérieur Arsen Avakov, 400 hectares seraient concernés mais la situation serait sous contrôle. Mais selon Greenpeace Russie, le feu s’étalerait en réalité dans un rayon de 30 km autour de la centrale et les images satellites laisseraient supposer qu’il touche en réalité 10 000 hectares.

Quels risques ?

Le feu n’a pas atteint la centrale accidentée elle-même, qui contient encore 97 % des éléments radioactifs présents dans le combustible nucléaire. Mais ces incendies, en eux-mêmes, constituent déjà une menace.

En effet, une partie importante des radioéléments expulsés lors de l’explosion du réacteur sont toujours présents dans les sols et les végétaux (il faut 300 ans pour que la radioactivité du césium 137 et du strontium 90, les radio isotopes les plus répandus, soit divisée par mille)[on trouve aussi du Plutonium et de l’Américium 241, relâchés à l’époque de l’accident, ce qui est susceptible d’aggraver la situation.http://www.agoravox.fr/actualites/environnement/article/ca-chauffe-a-tchernobyl-166831

Or cet élément radioactif est fortement concentré dans les aiguilles et les feuilles agglomérées au sol, mais aussi dans le bois des arbres des forêts avoisinantes, et lorsqu’un incendie important s’y déclare, la radioactivité s’échappe, et, portée par les vents, les pluies, peut se déplacer assez loin, comme on l’avait constaté lors de la catastrophe de 1986, contaminant les plantes au moins jusqu’en Corse.]

. Ces incendies, en réduisant la végétation et l’humus en fumées ensuite emportées par les vents, remettent en circulation une partie des éléments radioactifs qu’elles contiennent.

Ainsi, selon les travaux d’une équipe de chercheur du Norwegian Institute for Air Research [1], les trois feux de forêt précédents ont déjà relâché de 2 % à 8 % du seul césium 137 présent dans les sols… soit 500 000 milliards de becquerels répandus sur une vaste zone s’étendant jusqu’à la Turquie et la Scandinavie !

Certes, la dose moyenne de radioactivité reçue à Kiev suite à ces trois incendies est très faible. Mais cette moyenne cache des disparités importantes. Il se peut que certaines personnes, suite à ces incendies, aient inhalé ou ingéré des micro-particules radioactives dont l’action à l’intérieur de l’organisme est suffisante pour provoquer à terme des cancers et autres pathologies.

Concernant l’incendie de fin avril 2015, il n’y a cependant pas lieu de craindre une contamination semblable à celle du panache radioactif qui s’est répandu sur l’Europe en 1986 : le risque concerne avant tout les régions les plus proches des zones contaminées. La CRIIRAD (Commission de Recherche et d’Information Indépendante sur la Radioactivité) a ainsi souligné dans un communiqué que l’Europe occidentale n’était pas concernée, les vents étant dirigés vers le Nord et l’Est. Elle indique également que les réseaux officiels de balises de mesure de la radioactivité situés en Ukraine, en Finlande, dans les Pays Baltes et en Russie ne montraient pas de valeurs moyennes plus élevées que d’habitude. Toutefois, elle déplore l’absence de mesures spécifiques dans les régions susceptibles d’être les plus impactées. Par ailleurs, aucune mesure n’est mise à disposition pour le Belarus, pays le plus contaminé par Tchernobyl et voisin immédiat de la centrale [2] .

Un risque croissant

Quel que soit leur impact, la fréquence de ces feux de forêts risque malheureusement de s’accroître. En effet, selon les chercheurs Tim Mousseau et Anders Møller, la décomposition de l’humus et du bois mort est ralentie en zone contaminée [3], laissant s’accumuler des quantités plus importantes de bois sec. Ce phénomène pourrait être imputé à la vulnérabilité des insectes et micro-organismes à la radioactivité.

Par ailleurs, le changement climatique laisse craindre une multiplication des épisodes de forte chaleur et de sécheresse propices aux incendies. Lors des incendies de 2010 – qui avaient par ailleurs menacé le site nucléaire de Mayak [4], la sécheresse était déjà en cause.

Ces phénomènes viennent rappeler que la catastrophe n’est toujours pas terminée et qu’elle continuera de sévir encore longtemps…

Notes

[1] http://www.newscientist.com/article/dn26933-rise-in-wildfires-may-resurrect-chernobyls-radiation.html#.VUCgIWbhVz1

[2] Lire le communiqué de la CRIIRAD

[3] http://www.livescience.com/44318-chernobyl-trees-barely-decomposed.html

[4] http://www.sortirdunucleaire.org/Incendies-et-contamination

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Voir sur UNSCAER et autres lobbies :http://www.pierredubochet.ch/radioprotection-mondiale,-copinage-et-serment-de-secret.html

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http://blog.mondediplo.net/2011-04-29-Tchernobyl-en-Bielorussie

Tchernobyl en Biélorussie...

 

 

 

 

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Les forces manquantes

Un des buts était de faire un troisième forum avec les victimes (toutes catégories (professionnels du nucléaire) de la santé -accident-guerre etc (voir aussi des rayonnements non ionisants) à reprendre par d'autres groupes citoyens car stratégique pour compléter les autres forum citoyen et faire prendre conscience de faire stopper toute activité nucléaire rapidement sous menace de désastres encore plus grands que ceux existants.

 

Avis aux amateurs...

et professionnels..."J’interviendrai pour protéger les personnes si elles sont affaiblies, vulnérables ou menacées dans leur intégrité ou leur dignité"

 

Thanatocène; aujourd'hui le Yémen

Le 03/10/2016

 

http://www.legrandsoir.info/yemen-lettre-d-un-habitant-de-sanaa-new-orient-news.html

 

18 septembre 2015

 

Yémen : Lettre d’un habitant de Sanaa (New Orient News)

 

Parce que j’ai vécu la guerre de 1994 à Sanaa et que j’en ai rendu compte à l’époque, certains de mes amis yéménites, avec lesquels je n’ai cessé de correspondre, insistaient de temps à autre pour que j’accorde au Yémen et à l’agression qu’il subit la place qui leur revient dans mes articles.

 

Bien que la guerre qui se déroule contre notre région, en Syrie, et celle qui frappe le Yémen ont pour dénominateur commun les mêmes agresseurs, je progressais lentement dans mes recherches pour finaliser mon article sur ce sujet, la situation au Liban et en Syrie prenant le plus gros de mon temps. C’est alors que j’ai reçu cette lettre de Sanaa.

 

Je l’ai faite mienne et la publie telle que reçue, sans autre commentaire.

 

Souraya Assi,

journaliste Libanaise.

 

Chère Souraya,

 

Te souviens-tu du Yémen ? Il a eu sa part des « révolutions » arabes, la révolution du 11 février 2011 ayant accouché d’un pouvoir qui s’est chargé de soumettre le pays à la famille des Al-Saoud. Notre révolution n’a donc pas dévié des normes préétablies, puisque comme toutes les autres révolutions arabes, elle est passée par le baptême obligé et nécessaire pour entrer dans l’ère des « cheikheries » [*] du Golfe.

 

Je ne sais pas ce qui se passe en Libye ! Et, il est probable que la « révolution » des Al-Saoud en Syrie est contrecarrée par des difficultés et des obstacles ayant conduit à faire de nouveau appel aux forces de l’OTAN, mais sans recourir au Conseil de sécurité de l’ONU cette fois-ci, ni exploiter un mandat truqué du Secrétaire général de la Ligue arabe. Quant à l’Égypte et à la Tunisie, il est bien connu que les circonstances particulières dans ces deux pays ont nécessité une révolution contre « la révolution golfiste » [*] ou, plus précisément, ont amené les gens à préférer le pouvoir déchu au pouvoir des Frères Musulmans.

 

Cette expérience s’est répétée au Yémen, la guerre en cours ayant ses racines dans la révolution contre « la révolution des golfeux et des frérots » [*] dans le but de débarrasser le pays de la domination de la famille Al-Saoud. Cependant, il semble que l’OTAN en tant qu’organisation policière et répressive mondialisée, interdit la « révolution » aux pauvres et aux nécessiteux. Autrement dit et en toute franchise, l’OTAN mène une guerre afin de rétablir la loi de la famille Al-Saoud et réinstaller sa mainmise sur le Yémen.

 

Il est aussi notoirement connu que des navires de la flotte américaine ont procédé, sous pavillon de l’armée des Émirats arabes unis, à une opération de débarquement à Aden et que c’était là l’annonce du début de la guerre terrestre, suite aux frappes aériennes ininterrompues depuis mars 2015, lesquelles frappes ont obligé les adversaires des Al-Saoud à se retirer de certaines positions qu’ils contrôlaient jusqu’ici.

 

À l’heure actuelle, nous pouvons dire que le plan d’annexion du Yémen en est au stade préparatoire du siège de Sanaa, soumise quotidiennement à des vagues successives de raids aériens. Il est possible que les hordes militaires « golfistes » [*] s’y dirigent selon trois axes :

 

Le premier, à partir du port d’Al-Hudaydah sur la mer Rouge.

Le deuxième, à partir de la ville de Ta’izz au sud.

Le troisième, supposé être emprunté par les forces qui tentent de se rassembler dans la ville de Marib à l’est où, d’après les dernières nouvelles, 15 000 soldats seraient déjà sur place, rejoints par les équipements et les véhicules militaires d’un pays dont le nombre d’avions et de chars dépasse celui de sa population… Je veux parler du Qatar, l’État de ce prince penseur et résistant Al-Qaradawi !

Quoi qu’il en soit, l’accès par voie terrestre à Sanaa ne sera sans doute pas facile, étant donné que les routes ne sont pas sécurisées ou bien sont toujours sous le contrôle des Houthis.

 

Dans ce contexte, il n’est pas inutile de noter que la victoire des Al-Saoud au Yémen sera très probablement un énorme désastre pour la population, encore plus douloureux et plus dangereux que la tragédie libyenne, témoin en est le déploiement des bandes de voleurs, de truands et d’extrémistes, dans les régions d’où les Houthis se sont retirés sous la pression des frappes américaines et saoudiennes, en plus de l’apparition de diverses formations militaires appartenant à des agences de sécurité étrangères dans les zones des puits de pétrole, des raffineries et des oléoducs.

 

Traiter de la question du Yémen comme se lancer dans des prévisions à court terme, exige de prendre en compte deux facteurs importants, ou plutôt d’introduire le facteur israélien ; lequel, à mon avis, influe sur la guerre des Al-Saoud au Yémen de deux manières en se présentant sous deux visages :

 

Le premier visage est celui de l’impérialisme euro-américain, et les colonialistes israéliens en sont une facette. Ce visage est évidemment connu et bien présent sur la scène yéménite aux côtés des Pays du Golfe. Ici, il est nécessaire de rappeler que cet impérialisme a construit ses propres bases à Djibouti et au nord de la Somalie, après avoir démantelé l’État somalien et découpé ce qu’ils appellent le « Somaliland » où se trouve, justement, une base israélienne ; la largeur du détroit de Bab el-Mandeb, c’est-à-dire la distance entre la côte yéménite et la côte somalienne, étant d’une trentaine de kilomètres.

 

Le deuxième visage se déduit logiquement à partir du rôle joué au Yémen, par les gouvernements actuels de l’Égypte et de la Jordanie aux côtés des Al-Saoud et aussi des colonialistes israéliens, sur la base d’informations indiquant une présence militaire israélienne à l’entrée du détroit de Bab al-Mandeb et donc, en Somaliland.

Pour exposer les choses telles qu’elles sont, et éviter les polémiques, il faut dire que les raisons de cette méfiance à l’égard des autorités égyptienne et jordanienne repose sur le fait que depuis que ces deux pays ont signé respectivement les Accords de Camp David et de Wadi Araba, ils ont toujours adopté des positions essentiellement favorables à Israël. Ce fut le cas lors des conflits israélo-libanais et israélo-palestiniens, ainsi que du conflit réunissant les États-Unis, la Turquie et l’Arabie saoudite contre la Syrie. Je ne pense pas que nous pourrions nous passer de citer tous ces cas.

 

Source : New Orient News ; le 10/09/2015

 

http://www.neworientnews.com/index.php/2013-08-24-22-19-26/17510-2015-09-10-07-07-21

 

Traduction de l’arabe par Mouna Alno-Nakhal

 

NdT : Suite à la publication de cette lettre, une citoyenne yéménite s’est adressée à Madame Assi en ces termes : « Nous Yéménites, nous vous saluons et vous remercions pour vos paroles de vérité sur le Yémen et les Yéménites. Ci-joint une documentation certifiée de quelques crimes, non de tous les crimes… peut-être sera-t-elle utile ». Un message que Madame Assi a publié aussi.

 

Cette documentation, la voici :

 

https://www.facebook.com/noora.alaqmer/media_set?et=a.650160718454524.1073741838.100003818064162&amp ;type=3

 

 

Note : [*] néologismes obligés dérivés des mots cheikh, pays du Golfe, Frères Musulmans…

 

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http://www.legrandsoir.info/yemen-pour-une-gorgee-d-or-noir.html

 

26 septembre 2015

L’histoire du pays arabe le plus riche du monde en guerre contre le pays arabe le plus pauvre du monde.

Yémen : Pour une gorgée d’or noir

Bahar KIMYONGUR

 

Avions larguant des bombes sur des civils, population exsangue, assiégée et affamée, enfants déchiquetés, routes, ponts, écoles, hôpitaux, zones résidentielles, cimetières, aéroports détruits, patrimoine archéologique dévasté. Non, cette fois, ce n’est pas de la Syrie qu’il s’agit mais d’une nation oubliée, le Yémen.

 

Depuis le 25 mars dernier, le Yémen est agressé et envahi par l’Arabie saoudite, ce pays ami qui nous livre du pétrole et qui achète nos armes.

 

D’après l’ONU, en moins de 200 jours de guerre, le régime wahhabite a tué près de 5.000 fois au Yémen dont près de 500 enfants.

Le nombre de victimes civiles de la guerre du Yémen est proportionnellement supérieur au nombre de civils tués dans la guerre de Syrie.

 

En effet, la moitié des morts sont civils au Yémen pour moins d’un tiers de victimes civiles en Syrie.

Pourtant, personne parmi les humanistes professionnels conspuant Assad n’élève la voix contre le Roi Salmane.

La Syrie s’est vue imposer une guerre par terroristes interposés, une politique d’isolement et de sanctions économiques. En revanche, l’Arabie saoudite reçoit nos salamalecs et nos satisfecits.

"Notre ami le Roi" Salmane ne fait pas que détruire par ses bombes. Il impose un blocus terrestre, maritime et aérien qui selon Médecins Sans Frontières (MSF) tue autant les civils que la guerre. 20 millions de Yéménites risquent en effet de mourir de faim et de soif à cause de la guerre et de l’embargo saoudiens.

 

On a rarement vu une politique de deux poids deux mesures aussi contrastée entre une Syrie qui déchaîne les passions et un Yémen qui laisse de marbre.

 

Cette politique de deux poids de mesures ressemble à un match de boxe entre un poids lourd et un poids mouche où le poids lourd peut frapper le poids mouche sous la ceinture mais pas l’inverse.

 

Le pot de fer contre le pot de terre

 

L’agression saoudienne contre le Yémen revêt une dimension mythique.

C’est l’histoire du pays arabe le plus riche du monde en guerre contre le pays arabe le plus pauvre du monde.

Une fois encore, nous nous sommes soumis à la loi du plus fort.

Nous avons laissé notre ami le Roi Salmane fabriquer une guerre sunnite/chiite au Yémen alors que la plupart des musulmans du Yémen prient ensemble dans des mosquées dépourvues d’étiquette confessionnelle.

 

Nous avons diabolisé et interdit le mouvement rebelle Ansarullah en le qualifiant de "chiite" ou de "houthi" pour faire plaisir à notre ami le Roi Salmane alors qu’Ansarullah est une coalition patriotique qui compte de nombreuses personnalités sunnites comme le mufti Saad Ibn Aqeel ou des formations non religieuses comme le parti Baath arabe socialiste du Yémen.

 

Nous avons exclu Ansarullah des pourparlers de paix alors que le mouvement rebelle négociait avec ses adversaires politiques y compris avec Abderrabo Mansour al Hadi, agent saoudien qui était alors assigné à résidence.

 

Nous avons laissé le Yémen redevenir l’arrière-cour du Roi Salmane alors que cette nation rêvait d’indépendance.

Nous avons détourné le regard quand les hommes de main du Roi Salmane (Al Qaeda et Daech) ont brûlé l’église Saint-Joseph à Aden et bombardé la mosquée chiite d’Al Moayyad à Jarraf.

Nous n’avons pas versé une seule larme pour les enfants du Yémen brûlés vifs par les bombardiers de notre ami le Roi Salmane.

Le Yémen est un pays si lointain que ses réfugiés ne nous atteignent pas.

Le Yémen est un pays si méprisé que ses complaintes ne nous atteignent pas.

 

Si Jean de la Fontaine avait été témoin de la guerre du Roi d’Arabie saoudite contre son misérable voisin, il aurait peut-être repris l’extrait suivant de la fable du pot de fer contre le pot de terre :

"Que par son Compagnon il fut mis en éclats,

Sans qu’il eût lieu de se plaindre".

Voilà près de 200 jours que le mouvement international pour la paix laisse faire le pot de fer contre un pays fragile comme un pot de terre.

C’est comme si un pot de fer nous était tombé sur la tête.

 

Le Yémen d’aujourd’hui, c’est le Vietnam d’hier

 

Durant les années 60 et 70, le Vietnam connut à peu près le même scénario que le Yémen aujourd’hui.

Ngo Dinh Diem était l’homme de paille des USA à l’instar d’Abderrabo Mansour al Hadi.

Le Vietcong (FNL) d’hier, c’est Ansarullah aujourd’hui.

Que le premier ait une coloration communiste et le second soit d’inspiration chiite importe peu. Les mouvements nationalistes vietnamien et yéménite ont tous deux pour objectif l’unification de leur pays et son émancipation du joug étasunien.

 

A l’époque, le mouvement international pour la paix a défendu la résistance du peuple vietnamien sans pour autant être communiste et malgré le fait que le Vietcong était soutenu par l’URSS et la Chine.

Aujourd’hui, le mouvement international pour la paix refuse non seulement de défendre le droit du peuple yéménite à la résistance entre autres sous prétexte qu’il est soutenu par l’Iran et la Syrie mais en plus, il ne défend même plus ce qui constitue sa raison d’être, à savoir la paix.

 

Pas de sang pour du pétrole

 

Il n’y a pas si longtemps, en 1991 et en 2003, les USA ont utilisé le sol saoudien pour mener leur guerre contre l’Irak.

A l’époque, nous étions des millions à crier "Pas de sang pour du pétrole" (No Blood for Oil).

Aujourd’hui, ni l’Empire US, ni l’Arabie saoudite, ni les motifs de la guerre n’ont changé.

Qui plus est, le sang continue de couler pour du pétrole.

Seul le mouvement pour la paix a changé.

Il n’est même plus un mouvement, juste une masse inerte et silencieuse bercée par des illusions comme la "révolution arabe", le "droit d’ingérence" et la "responsabilité de protéger"... à coups de bombes de l’OTAN.

 

Entre-temps, le peuple du Yémen est victime d’une guerre, une guerre qui ne nous est pas étrangère, une guerre bien saignante à laquelle nos gouvernements ont donné leur feu vert pour une gorgée d’or noir.

 

Bahar Kimyongür, 23 septembre 2015

 

Source : Investig’Action http://michelcollon.info/Yemen-Pour-une-gorgee-d-or-noir.html

 

 

Commentaires :

Yémen : Pour une gorgée d’or noir

27/09/2015 à 09:28 par J.J. enfonceur de portes ouvertes

On observe la même complaissance envers le gouvernement turc, à propos de sa gestion des Kurdes et de sa bien faiblarde réactivité vis à vis de daech.

 

Etonnant non ?

 

Ne serait-il pas possible de mettre notre ami le roi Salmane et notre ami le président Erdogan dans le même panier et s’en débarasser au plus vite ?

 

#119292

Yémen : Pour une gorgée d’or noir

27/09/2015 à 15:36 par DePassage

Cette manière d’opposer une agression à une autre essayant pratiquement de nous démontrer que l’un souffrirait plus que l’autre me donne des hauts-le-cœur en ce dimanche matin…

 

Je ferai également remarquer à monsieur Kimyongur qu’il s’agit d’une coalition de pays qui agressent présentement le Yémen dont participe activement les États-Unis (je ne prends pas la défense de l’Arabie saoudite ici, loin s’en faut) et je viens d’apprendre que même Mahmoud Abbas à donné son appuis à cette agression contre le Yémen et qu’il est allé jusqu’à souhaiter une intervention similaire contre Gaza pour renverser le Hamas (1).

 

  1. http://www.info-palestine.net/spip.php?article15331

     

J’ai vraiment des hauts-le-cœur ce matin… et ce n’est pas la bière d’hier, non !

 

#119302

Yémen : Pour une gorgée d’or noir

27/09/2015 à 22:27 par D. Vanhove

L’article ne me semble en aucun cas opposer un conflit à un autre pour nous indiquer que la souffrance des uns serait supérieure à celle des autres... Il nous rappelle simplement - et à raison - que l’information n’est pas traitée de manière identique... et pointe ainsi nos collusions obscènes avec la famille royale saoudienne...

 

Il est donc utile et mérite que nous interpellions nos responsables politiques et nos médias sur la manière dont ils traitent et relatent l’information, ainsi que les choix de nos politiques extérieures...

 

Dans le même ordre, il reste totalement inacceptable que la situation en Palestine subisse le même déni de la part des responsables politiques et médiatiques... comme s’ils avaient "capitulé" devant l’arrogance et le bulldozer sioniste que personne ne parviendrait à arrêter...

 

Aucun responsable politique (et médiatique) venant nous parler du Droit d’ingérence ou des Droits de l’homme ne peut encore être écouté sérieusement tant que durera l’occupation de la Palestine par Israël, et cela depuis plus de 65 ans !

Tout le monde sait ce qu’il en est... et pourtant, pas un de ceux-là n’a le courage de prendre des mesures qui contraindraient Israël à se conformer aux Résolutions de l’ONU et à respecter le Droit international. Au contraire, le gouvernement français semble vouloir légiférer pour interdire de soutenir de manière non-violente (par le BDS - Boycott/Désinvestissement/Sanctions) initié par les Palestiniens eux-mêmes tout mouvement de solidarité citoyenne avec les Palestiniens occupés...

Quant au Président Hollande, il nous parle aujourd’hui de frappes aériennes en Syrie, (que dirions-nous si une puissance étrangère venait frapper la France sous n’importe quel fallacieux prétexte !?), et vend au dictateur égyptien Sissi les 2 portes-avions destinés à la Russie...

 

N’importe quel citoyen peut voir la supercherie et la duplicité de ces manœuvres, et comprend de suite le discrédit immédiat que ces responsables politiques jettent sur eux-mêmes, tant ils baignent dans d’ignominieuses contradictions... au point de ne plus être pris au sérieux et passer pour des menteurs et/ou des incompétents avérés !

 

#119306

 

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http://www.bastamag.net/Amnesty-demande-l-arret-des-ventes-d-armes-a-l-Arabie-Saoudite-suspectee-de

 

 

Amnesty demande l’arrêt des ventes d’armes à l’Arabie Saoudite, suspectée de crimes de guerres au Yémen

 

par Rachel Knaebel 12 octobre 2015

 

Amnesty international accuse l’Arabie Saoudite et les forces de la coalition arabe qui interviennent au Yémen de bombarder délibérément les villes densément peuplées, et donc les populations civiles. Plus de 2000 civils et des centaines d’enfants auraient péri depuis le début des opérations, il y a sept mois. Le royaume saoudien utilise également des bombes à sous-munitions interdites par une convention internationale. Cela ne semble pas empêcher l’Allemagne, les Etats-Unis ou la France de continuer de lui vendre des armes, en violation des traités signés.

Depuis mars 2015, l’Arabie Saoudite mène une opération militaire au Yémen pour contrer les rebelles houthistes et soutenir le gouvernement régulier. Amnesty International avait déjà éalert <https://www.amnesty.org/en/articles/news/2015/05/yemen-scores-of-civilians-killed-and-injured-by-anti-aircraft-fire-and-airstrikes-on-weapons-depots/> avant l’été sur les nombreuses victimes civiles du conflit, touchées à la fois par des tirs de la coalition et par ceux des insurgés houthistes. Le 7 octobre, l’ONG a publié un nouveau rapport <https://www.amnesty.org/download/Documents/MDE3125482015ENGLISH.PDF

> sur les victimes civiles de cette guerre oubliée du Yémen. « Depuis le 25 mars 2015, plus de 4000 personnes ont été tuées dans le conflit yéménite. La moitié d’entre eux sont des civils, dont des centaines d’enfants », rappelle Amnesty. Dans ce ce nouveau rapport, l’ONG documente plus précisément treize bombardements menés par la coalition menée par l’Arabie saoudite [1]. Ceux-ci ont eu lieu entre mai et juillet. Selon l’enquête réalisée sur place par Amnesty, ces frappes ont tué quelque 100 civils, dont plus de 50 enfants.

« J’étais près de la rivière et revenais chez moi quand nos maisons ont été bombardées, à environ 10 heures du matin. Ça a été un massacre », a témoigné à Amnesty Ali Qassem Salah al-Shayba, marchand d’animaux et père de quatre enfants. « J’ai perdu mon fils de quatre ans Hassan, et ma fille de 12 ans Taysir ; ma mère Munawwar, ma sœur Aziza et sa fille de six ans Salsabil ; le fils et la fille de mon frère, Mohammed et Yousea, âgés de neuf et 16 ans, et ma cousine Shama’a et ses trois filles, Atkaf, Zahra et Batul, âgés d’un, trois et six ans. Ma femme et mon autre fils de quatre ans ont été blessés, comme ma nièce de 16 ans. » La famille al-Shayba vivait dans un groupe d’habitation au nord-ouest de la ville de Saada. Le 4 juin, quatre frappes aériennes consécutives ont touché leurs maisons. Onze membres de la famille sont morts, dont huit enfants et trois femmes.

Dans les décombres des habitations, Amnesty a trouvé des fragments de bombes de type MK 80, fabriqué par l’entreprise états-unienne General Dynamics. « Ces bombes ont été systématiquement utilisées par les forces de la coalition saoudienne », précise l’ONG. « Comme pour beaucoup d’autres frappes aériennes de la coalition, il n’y avait pas d’objectif militaire évident sur le site ou dans les environs du lieu touché par ces frappes multiples, dont les victimes étaient toutes des enfants et des femmes », indique le rapport. Selon les conclusions de l’ONG, ce sont les frappes aériennes de la coalition qui ont causé le plus grand nombre de victimes parmi la population civile durant le conflit au Yémen. Le rapport dénonce « le mépris pour la vie des civils » dont fait preuve la coalition militaire conduite par l’Arabie saoudite. Celle-ci « a désigné comme cibles militaires, en violation du droit international, les villes de Saada et de Marran, où vivent des dizaines de milliers de civils ».

Des civils visés par des frappes multiples

« Le fait que de larges zones à forte densité de population soient désignées comme cibles militaires et que des habitations civiles soient ciblées de manière répétée montre que les forces de la coalition ne prennent pas les précautions nécessaires pour épargner les civils, comme l’exige le droit international humanitaire », a éédclar <http://www.amnesty.fr/Yemen> Donatella Rovera, qui a conduit la mission d’Amnesty au Yémen. Selon l’ONG, de nombreuses frappes de la coalition saoudienne sont donc illégales. Certaines pourraient même constituer des crimes de guerre.

Amnesty accuse aussi la coalition d’utiliser des bombes à sous-munitions, également fabriquées par des firmes états-uniennes (Aerojet et Honeywell) : « Les chercheurs d’Amnesty International ont retrouvé les restes de deux types de bombes à sous-munitions, les sous-munitions BLU-97 et leurs disperseurs (CBU-97), et les CBU-105, armes sophistiquées amorcées par capteur. Les bombes à sous-munitions, prohibées par le droit international, dispersent d’innombrables petites bombes sur une large zone. ». L’utilisation des armes à sous-munitions est interdite par une convention de l’ONU depuis 2010.

L’ONG demande l’ouverture d’une enquête internationale indépendante sur le conflit au Yémen. Et appelle à suspendre les transferts d’armes vers l’Arabie saoudite, notamment ceux de bombes, d’avions de chasse, d’hélicoptères de combat et de pièces et composants associés. « Les États qui exportent des armes à l’une des parties du conflit au Yémen sont tenus de veiller à ce que les transferts qu’ils autorisent ne facilitent pas de graves violations du droit international humanitaire », souligne Amnesty.

Comme Basta ! le rappelait en juin (Voir notre article <http://www.bastamag.net/Le-commerce-international-des-armes-est-florissant-a-quand-plus-de-controle-et

>), l’Arabie saoudite est l’un des plus grands importateurs d’armes au monde [2]. Parmi ses plus gros fournisseurs se trouvent les États-Unis et le Royaume Uni, mais aussi l’Allemagne et la France.

Des transferts d’armes prohibées par le Traité sur le commerce des armes ?

L’Arabie Saoudite est le plus gros client des fabricants d’armes français en terme de volume financier des contrats. À lui seul, le royaume saoudien a passé plus de 3 milliards d’euros de commandes en 2014. Entre 2013 et 2014, l’Arabie saoudite a par exemple importé ou commandé à la France des missiles anti-aériens, des canons, des missiles anti-chars ou encore des blindés [3].

Les exportations d’armes vers l’Arabie saoudite se sont-elles poursuivies depuis le début du conflit yéménite ? Oui, si l’on en croit les réponses des gouvernements britannique et allemand aux inquiétudes de leurs parlementaires. Entre le 15 mars et le 1er juillet 2015, le Royaume Uni a approuvé 37 licences d’exportations d’armes à l’Arabie saoudite [4]. En avril 2015, l’Allemagne a de son côté autorisé la vente à l’Arabie Saoudite de diverses composantes d’équipements militaires pour un montant de plus de 12 millions d’euros, selon la érponse <http://dipbt.bundestag.de/dip21/btd/18/048/1804824.pdf

> apportée par le gouvernement allemand à un député de Die Linke (gauche) en mai dernier.

« Tous les États ont la responsabilité légale de contrôler les transferts d’armes et de les prohiber dans certaines circonstances », rappelle Amnesty. L’article 6 du Traité sur le commerce des armes [5], qui est entré en vigueur fin 2014, stipule en effet qu’un État ne doit autoriser aucun transfert d’armes « s’il a connaissance que ces armes pourraient servir à commettre des attaques dirigées contre des civils ou des biens de caractère civil et protégés comme tels ».

Rachel Knaebel

En Photo : des chasseurs européens Eurofighters de l’armée de l’air saoudienne

Lire aussi :

’’éCes pays vendeurs darmes qui profitent bien de linstabilit du monde et du regain des tensions <http://www.bastamag.net/Le-commerce-international-des-armes-est-florissant-a-quand-plus-de-controle-et

>

Notes

[1] Les autres membres ce la coalition sont le Bahreïn, l’Égypte, la Jordanie, le Kuwait, le Maroc, le Qatar, le Soudan et les Émirats arabes unis. Les États-Unis et le Royaume Uni ont fournir un appui logistique et de renseignement.

[2] Le deuxième plus gros importateur au monde sur la période 2010-2014. Voir le rapport <http://books.sipri.org/files/FS/SIPRIFS1503.pdf

> annuel de l’ONG de référence sur la question du commerce des armes, le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI).

[3] Source : base <http://armstrade.sipri.org/armstrade/page/trade_register.php

> de données de SIPRI.

[4] Source <http://www.parliament.uk/written-questions-answers-statements/written-question/commons/2015-06-23/3711> : UK Parliament, Arms Trade : Saudi Arabia : written question-3711.

[5] Voir le texte du Traité ici <https://www.icrc.org/applic/ihl/dih.nsf/xsp/.ibmmodres/domino/OpenAttachment/applic/ihl/dih.nsf/4E2CB179C6AC3272C1257C7D00357FD8/FULLTEXT/TCA-fr.pdf

>

 

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http://www.legrandsoir.info/les-guerres-profanes-de-l-arabie-saoudite-au-yemen.html

 

Les guerres profanes de l’Arabie Saoudite au Yémen

Mohamed BELAALI

 

Octobre 2016

Les massacres de milliers de personnes se poursuivent inlassablement dans l’indifférence quasi-générale depuis l’intervention militaire saoudienne au Yémen en mars 2015. Les États-Unis, la France, le Royaume Uni, les armées du Golfe et les forces égyptiennes notamment participent directement ou indirectement à cette agression armée. « Tempête décisive », nom de cette équipée, est considérée par le Royaume Wahhabite comme une simple opération de maintien de l’ordre dans un pays voisin à l’appel de son président Abd Rabbo Mansour Hadi. Dans les faits, il s’agit d’une véritable guerre qui a fait en une seule année plusieurs milliers de morts principalement des civils et détruit une partie importante de l’héritage culturel et architectural yéménite qui est en même temps patrimoine mondial de l’humanité. Ici comme ailleurs, la religion (chiites contre sunnites) est instrumentalisée pour mieux dissimuler la réalité profane, économique et politique, qui constitue la véritable base de cette terrible guerre.

 

Selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCDH) « depuis le début du conflit il y a un an, un peu moins de 9.000 personnes ont été tuées ». Le dernier communiqué de l’ONU parle d’au moins 10 000 morts (1). Mais il y a aussi des morts qui ne sont pas comptés, des morts invisibles en quelque sorte faute de soins dans les hôpitaux ravagés et détruits par les bombardements saoudiens. Aucun lieu n’est épargné par les avions de la coalition : « Elle a frappé, ajoute la même source, des marchés, des hôpitaux, des cliniques, des écoles, des usines, des fêtes de mariage et des centaines de résidences privées dans les villages et les villes, y compris la capitale Sanaa » (2). L’Arabie Saoudite utilise au Yémen des armes fabriquées et vendues par les États-Unis qui sont extrêmement dangereuses pour les civils et interdites par des traités internationaux (3). Rappelons aussi que la France est l’un des pays qui vend le plus d’armes à l’Arabie Saoudite (4).

 

Mais les hommes ne sont pas les seuls à subir la violence de la coalition. Le patrimoine culturel du Yémen est lui aussi pris pour cible. Des zones entières inscrites pourtant au patrimoine mondial de l’humanité sont ravagées par des raids aériens de la coalition (5). Les vieux quartiers de Sanaa, capitale du Yémen et plusieurs fois millénaires, n’ont pas échappé à la violence destructrice des avions américains pilotés par des saoudiens. Désormais l’ancienne ville de Sanaa et Shibam sont classées par l’UNESCO comme patrimoine mondial en péril (6). Ces destructions de l’héritage culturel du peuple yéménite et patrimoine mondial de l’humanité ressemblent étrangement aux crimes perpétrés par l’armée américaine contre l’histoire et la mémoire d’un autre pays qui a vu naître sur son sol de brillantes et splendides civilisations, il s’agit de la Mésopotamie c’est à dire l’Irak d’aujourd’hui ou tout du moins ce qu’il en reste : « C’est sur cette terre que l’écriture et le calcul, entre autres, furent inventés. Mais la Mésopotamie c’est aussi Babylone et ses jardins suspendus (septième merveille du monde), Hammourabi et son code, Nabuchodonosor II et sa conception architecturale etc. etc. » (7). L’impérialisme et ses alliés locaux non seulement sont les ennemis des peuples mais aussi de leur culture, de leur histoire et de leur mémoire.

 

Pour l’Arabie Saoudite, le Yémen n’est que le prolongement de son propre territoire. Les affaires intérieures du Yémen sont les affaires intérieures de l’Arabie Saoudite. Le Yémen doit rester un pays totalement inféodé au royaume wahhabite. On rapporte que sur son lit de mort, l’émir Abdelaziz Ibn Saoud (1880-1953), fondateur de l’Arabie « moderne » avec l’aide des britanniques, disait que « le bonheur du Royaume est dans le malheur du Yémen ». Ce racontar est probablement faux, mais il n’en demeure pas moins significatif et représentatif des relations complexes et conflictuelles entre les deux pays.

 

Précisons d’emblée que le Yémen est la seule république au milieu des monarchies pétrolières riches et puissantes. Le Yémen, appelé autrefois l’« Arabie heureuse » pour sa prospérité, est aujourd’hui l’un des pays les plus pauvres de la planète. Il est relégué, pour son Indicateur de Développement Humain (IDH), aux dernières places par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) (8). Mais le Yémen c’est aussi le détroit de Bab al-Mandab (porte des lamentations en arabe) qui commande l’entrée à la mer Rouge et surtout le Golfe d’Aden qui sépare le continent africain du continent asiatique et constitue de ce fait une voie maritime importante pour les échanges mondiaux. Autant dire que le Yémen représente un intérêt stratégique évident pour l’Arabie Saoudite et bien sûr pour les États-Unis très présents dans la région à travers leurs bases militaires notamment. La position géostratégique et ses nombreuses potentialités ont toujours fait du Yémen un pays convoité par les puissances étrangères et déchiré par des conflits internes entre conservateurs et progressistes qui l’ont rendu instable et difficilement gouvernable. De ce fait le Yémen constitue aussi une source d’inquiétude et une menace non seulement pour le Royaume saoudien mais aussi pour les autres dynasties du Golfe qui redoutent que d’éventuelles révoltes politiques et des revendications démocratiques ne s’étendent à toute la région.

 

Sans remonter loin dans l’histoire, le premier conflit (1926-1934) entre le royaume wahhabite et le Yémen s’est soldé par l’annexion de trois provinces yéménites d’Assir, de Nejrane et de Jizane par l’Arabie Saoudite. Le Yémen n’a jamais renoncé à ses territoires conquis par son puissant voisin du nord. Il fallait attendre les accords de Djeddah de juin 2000 pour trouver un semblant de règlement à ce conflit frontalier (9).

 

En 1962 de jeunes officiers soutenus par Nasser renversent le roi Al-Badre et fondent la République Arabe du Yémen. L’Arabie Saoudite n’a reconnu la jeune république qu’en 1970. Elle ne pouvait supporter ni tolérer cette nouvelle situation d’autant plus que 70 000 soldats égyptiens étaient présents sur le sol yéménite et que Nasser non seulement dénonçait avec force et véhémence la dynastie des Al Saoud, fidèles serviteurs des intérêts anglais et américains dans la région (10), mais il prônait aussi un panarabisme progressiste et laïc. Royalistes soutenus par l’Arabie Saoudite et républicains armés par l’Égypte nassérienne se sont affrontés dans une terrible guerre civile. Progressistes et conservateurs ont ainsi mené une guerre ininterrompue pendant presque une décennie. La guerre a pris fin en 1970 sans réellement apaiser les tensions politiques mais la République a survécu mettant ainsi un terme définitif à un régime particulier vieux de plus de mille ans : l’imamat zaydite? (11).

 

En 1967 le dernier soldat britannique quitte Aden et la République Populaire du Sud Yémen accède à l’indépendance mettant là encore fin à 128 ans d’occupation anglaise. En 1970, la République Populaire est devenue la République Démocratique Populaire du Yémen. Le Yémen est ainsi divisé en deux États antagonistes, l’un au nord l’autre au sud. Mais ces deux républiques sont unies par le même passé et aspirent toutes les deux à construire le même avenir. En mai 1990 les deux États fusionnent pour ne former qu’un seul, la République du Yémen dont le président est Ali Abdallah Saleh un homme aussi habile que cynique. Même si cette réunification est superficielle(en partie encouragée par l’Irak de Saddam Hussein et partage inéquitable du pouvoir entre le Nord et le Sud etc.), l’Arabie Saoudite ne pouvait accepter un Yémen uni. Dès septembre de la même année, l’Arabie Saoudite expulse 800 000 travailleurs yéménites sous prétexte que le Yémen soutient l’invasion irakienne du Koweït. Le Royaume wahhabite s’allie avec les dirigeants sudistes, pourtant se réclamant du marxisme, pour briser cette unité d’autant plus que l’on vient de découvrir des gisements pétroliers prometteurs dans le Sud. En mai 1994 une nouvelle guerre civile éclate entre le Nord et le Sud armé et financé par l’Arabie Saoudite. Ce conflit se termine par la victoire du Nord laissant derrière lui plus de 10 000 morts.

 

En 2011 les soulèvements populaires au Yémen comme dans tout le monde arabe contre les régimes d’un autre âge ont poussé l’Arabie Saoudite, avec l’aval des américains, à intervenir pour briser l’élan formidable des révoltes pacifiques du peuple yéménite dans toute sa diversité. Rappelons pour mémoire que ce soulèvement a réussi à renverser le président Ali Abdallah Saleh au pouvoir depuis 1978. Celui-ci s’est réfugié en Arabie Saoudite le lendemain du bombardement de son palais le 3 juin 2011 par le chef tribal Sadek al Ahmar. C’est également l’Arabie Saoudite qui a soigné dans ses hôpitaux le président gravement blessé et permis enfin son retour au Yémen le 23 septembre de la même année. Et c’est à Riyad que l’accord de transfert de pouvoir entre Saleh et son vice président Abd Rabbo Mansour Hadi a été signé en présence du Roi d’Arabie. Toujours en 2011, le peuple de Bahreïn s’est lui aussi soulevé contre la tyrannie des Al Khalifa au pouvoir depuis plus de trois siècles. La population unie a mené un magnifique combat pacifique contre le despotisme du régime en place. Prises de panique, toutes les monarchies du Golfe avec à leur tête l’Arabie Saoudite et soutenues par les États-Unis ont envahi le petit royaume. La place de la Perle, au cœur de Manama la capitale de Bahreïn et haut lieu de la révolte populaire, a été évacuée dans le sang le 16 mars 2011. Le monument de la Place a été détruit et remplacé par les chars de l’armée saoudienne (12). Aujourd’hui encore, malgré une terrible répression, le peuple de Bahreïn résiste toujours à l’oppression dans l’indifférence absolue des bourgeoisies occidentales.

 

L’écrasement de ces soulèvements populaires par la contre-révolution incarnée par l’Arabie Saoudite avec la complicité de l’impérialisme américain a créé les conditions matérielles propices au développement de l’obscurantisme, du terrorisme et de la guerre civile. C’est dans ce cadre qu’il faut situer la nouvelle guerre du Royaume wahhabite au Yémen.

 

Le triomphe de la contre-révolution a ravivé dans ce pays martyr des divisions sectaires et des rivalités tribales plus ou moins contenues jusqu’alors. Les Houthis (Al-hûthiyûn en arabe), mouvement politique de confession zaydite, un rameau du chiisme, ont toujours été marginalisés sur le plan économique, politique et religieux par Ali Abdallah Saleh. S’estimant stigmatisés et méprisés, les Houthis ont opposé une farouche résistance au pouvoir central notamment depuis la guerre de Saada en 2004 (13). Rappelons que l’ex-président Ali Abdallah Saleh a toujours instrumentalisé la religion par la confessionnalisation des conflits sociaux et politiques pour se maintenir au pouvoir.

 

Profitant du chaos qui règne au Yémen depuis l’écrasement des révoltes populaires, les Houthis s’emparent de Sanaa et obligent le président Abd Rabbo Mansour Hadi, installé au pouvoir par l’Arabie Saoudite, à démissionner mettant de facto un terme à l’accord de Riyad dont ils étaient exclus. L’Arabie et les monarchies du Golfe ne peuvent tolérer l’installation à Sanaa d’un pouvoir qu’elles accusent d’être à la solde de l’Iran. Dans la nuit du mercredi à jeudi 26 mars 2015, l’Arabie Saoudite intervient, une fois encore, au Yémen. Les Houthis sont alors décrits comme des chiites zaydites instrumentalisés par l’Iran contre les gouvernements sunnites chaféites de la région. Les houthis alliés, ironie du sort, à leur ancien ennemi de toujours Ali Abdallah Saleh, sont ainsi réduits à un simple instrument entre les mains de l’Iran. Cette manière de simplifier une réalité particulièrement complexe a été également utilisée à Bahreïn par le Royaume wahhabite pour justifier son intervention militaire dans ce petit pays et mater « ces chiites manipulés par l’Iran ». Dans cette région du monde, l’Arabie Saoudite joue le rôle de rempart contre tout changement démocratique et progressiste.

 

Le Royaume wahhabite se saisit ainsi de la religion pour mieux étendre son influence et sa puissance dans la région. La religion doit être au service des ambitions politiques et des intérêts économiques. L’Islam est ainsi utilisé comme couverture et comme idéologie de légitimation pour, en dernière analyse, perpétuer le pouvoir et les privilèges de la dynastie des Al Saoud.

 

Mohamed Belaali

 

»» http://www.belaali.com/2016/09/les-guerres-profanes-de-l-arabie-saoudi...

 

  1. http://www.un.org/apps/newsFr/storyF.asp?NewsID=36847#.V02rspGLSUk

     

Fin août 2016, les Nations Unies ont revu à la hausse le nombre des victime : http://www.aljazeera.com/news/2016/08/10000-killed-yemen-conflict-160830173324902.html

 

(2) op.cit .

 

  1. https://www.hrw.org/fr/news/2016/05/06/yemen-recours-par-larabie-saoudite-des-armes-sous-munitions-de-fabrication

     

 

  1. https://www.mediapart.fr/journal/international/240416/ventes-darmes-lobsession-saoudienne-de-la-france

     

voir aussi : http://controlarms.org/fr/2016/02/26/les-etats-doivent-cesser-de-vendre-a-larabie-saoudite-des-armes-destinees-a-etre-utilisees-dans-le-cadre-du-conflit-au-yemen/

 

 

  1. http://www.lorientlejour.com/article/940026/operation-detruire-lheritage-culturel-du-moyen-orient-.html

     

La ville Saada, fief des Houthis, a été déclarée cible militaire par le porte parole de la coalition.

 

Voir Targiting Saada : https://www.hrw.org/report/2015/06/30/targeting-saada/unlawful-coalition-airstrikes-saada-city-yemen

 

 

  1. http://fr.unesco.org/news/vieille-ville-sana-ancienne-ville-shibam-son-mur-enceinte-yemen-ajoutees-liste-du-patrimoine

     

 

  1. http://www.belaali.com/article-les-ravages-de-la-guerre-imperialiste-en-irak-48981793.html

 

  1. http://hdr.undp.org/sites/default/files/hdr_2015_statistical_annex.pdf

 

 

  1. https://www.senat.fr/ga/ga35/ga35_mono.html

     

 

(10) https://www.youtube.com/watch?v=voUNkFuhg1E

 

 

  1. https://transcontinentales.revues.org/411

     

 

  1. http://www.belaali.com/article-l-intervention-saoudienne-a-bahrein-et-le-silence-complice-des-bourgeoisies-occidentales-69874090.html

     

 

Voir également « Répression et résistance à Bahreïn » : http://www.legrandsoir.info/Repression-et-resistance-a-Bahrein.html

 

  1. https://www.cairn.info/revue-critique-internationale-2010-3-page-137.htm#no274

 

Commentaires:

29/09/2016 à 11:21 par aldamir

« Mon père chevauchait un chameau, je roule en Cadillac, mon fils vole en jet, son fils chevauchera un chameau. »

Proverbe saoudien

 

#127856

02/10/2016 à 14:48 par vagabond

Ils détruisent les berceaux de la civilisation humaine, ils veulent effacer toute trace de l’humain primordial et mettre en place un homme nouveau qu’ils prétendent libérer mais qu’ils enchaînent à leur dieu vénal.

Ils détruisent des oeuvres de beauté qui témoignent du génie artistique et créateur de l’humain, de son histoire, et les remplacent par des prisons de béton où les hommes rompus par leur esclavage quotidien, viennent enfermer leurs horizons.

Tous nos ancêtres sur toutes les terres de cette planète nous ont avertis de ce qui nous attend, ils l’ont exprimé différemment mais le message est le même.

Nous sommes réduits aujourd’hui, malgré notre plus grand nombre, à observer notre fin sans la moindre volonté de résister.

Notre volonté ayant été anesthésiée par notre confort, par la télévision, ce gourou qui nous contrôle, et par des corvées quotidiennes qui n’ont aucun sens la plupart du temps.

C’est bien notre fin à tous, ce n’est pas parce que les victimes désignées appartiennent à ce qu’ils veulent vous faire passer pour des peuples barbares, que cette fin ne nous concerne pas.

Ils effacent l’histoire de l’Arabie bienheureuse, celle du Levant, celle de Sumer, ils s’attaqueront à celle de la Perse pour ne laisser que leur histoire qu’ils ont fabriquée de bouts de chimères et de mythes, à grand renfort d’argent.

 Peut-être serions-nous nettoyés par un nouveau déluge comme ceux dont parlent les anciens ? Souvent, je le souhaite à cette planète.

 

 

Et la France s'enZADera c'est à dire qu'elle se libérera

Le 22/09/2016

 

Message du 21 Septembre 2016

 

Plein d'infos à lire et rediffuser partout !

 

--- Appel de la zad face aux menaces d'expulsion !

 

Depuis l'opération César en 2012 la ZAD est devenue un symbole : de la

possibilité de mettre en déroute leurs projets nuisibles ici et ailleurs

comme de celle de déployer des zones d'autonomie face au pouvoir et à

l'économie marchande. Après un printemps marqué par un mouvement social

bouillonnant, celles et ceux qui entendent nous gouverner vont tout

faire pour que la politique ne déborde plus du cadre d'un spectacle

électoral auquel plus grand monde ne croit. Nous vivons au coeur d'un

désastre environnemental et social sur lequel illes prospèrent et duquel

illes sont bien incapables de nous sortir. Depuis la ZAD, entre autres,

grandit l'idée que l'on puisse concrètement reprendre en mains nos vies

et réinventer le politique. C'est pour cette raison que son existence

est aussi insupportable aux gouvernant.e.s et aussi précieuse pour

d'innombrables personnes. La ZAD soulève des espoirs tenaces qui la

dépassent. Que l'on se sente porté.e par cette lame de fond ou que l'on

perçoive au quotidien la joyeuse solidité de ce qui s'est construit ici,

il apparaît absolument impensable que la ZAD soit broyée demain sous les

coups de la police et les chenilles des tractopelles. Ceci est un appel

à la défendre, coûte que coûte.

 

Ce texte s'adresse à tout.e.s celles et ceux qui voudraient participer à

la résistance sur le terrain ou de plus loin. Son objet est d'informer

sur ce qui nous semble aujourd'hui crucial pour les mettre en échec,

ainsi que sur l'état d'esprit dans lequel nous nous préparons. Nous vous

invitons à le diffuser largement.

 

## Risques sérieux d'attaque dans les semaines qui viennent

 

Depuis plusieurs jours des rumeurs d'expulsion plus ou moins imminente

bruissent sur la ZAD. Nous savons que les hôtels de la région ont été

réservés, plusieurs articles de presse avancent que les "forces de

l'ordre" se sont vues interdire de poser des vacances de fin septembre à

fin octobre. On parle de matériel militaire pr?té à la gendarmerie.

Mercredi 14 septembre, le préfet de Loire-Atlantique a signé deux

arrêtés portant sur la destruction du campagnol amphibie, rendant

possible à leur sens le début des travaux. Plusieurs sources confirmant

des plans d'intervention possible à partir du 27 septembre, sans que

cela signifie qu'ils viendront dès cette date là. Sommet d'hypocrisie,

cette date est celle où la ville de Nantes accueille plusieurs milliers

de participant.e.s, venu.e.s du monde entier, dans la suite de la COP 21

pour faire croire à ses préoccupations quant au dérèglement climatique.

 

## Appel à la vigilance

 

Il serait sans doute absurde de leur part d'intervenir en plein sommet

Climate Chance et avant la grande manifestation du 8 octobre sur la zad,

mais nous sommes à l'écoute des diverses infos qui apparaîtraient dans

un sens ou dans un autre et sommes prêt.e.s à parer à toute éventualité.

Nous appelons en tout cas à une extrême vigilance dans les semaines à

venir, et surtout à mettre dès à présent la pression sur le gouvernement

pour qu'il renonce à ce projet d'expulsion. Nous vous invitons aussi à

vous tenir prêt.e.s à rejoindre la ZAD pour participer à sa défense,

dans la diversité de nos pratiques, ou si vous êtes loin, à mener des

actions décentralisées contre Vinci, les acteurs du projet et les lieux

de pouvoir.

 

## On veut des fuites sans prendre la fuite

 

Pour prévenir toute attaque surprise, on sait que l'on peut compter sur

la multiplicité des soutiens et sources d'infos un peu partout, jusque

dans leurs bureaux et leurs cercles familiaux. Nous vous invitons à nous

alerter de fuites sur les entreprises privées qui pourraient être

impliquées (défrichage, gardiennage, etc.), d'infos sur les hôtels qui

accueilleraient les gendarmes, de circulaires, notes internes et autres

bruits de couloir concernant cette opération, ainsi que de mouvements de

troupes autour de la ZAD (sans pour autant nous signaler n'importe quel

convoi de gendarmes mobiles à des dizaines de kilomètres à la ronde).

Nous recouperons et vérifierons toutes ces informations, et nous les

publierons sur zad.nadir.org qui, avec le site de l'Acipa, reste la

"référence" en la matière (avant de croire et diffuser une information

venue des réseaux sociaux ou autres, vérifiez systématiquement qu'elle a

été confirmée par ces sites).

 

## Nous en tout cas on est prêt.e.s !

 

Toutes les équipes sur place s'organisent en conséquence : cantines,

radio, médic, légales, équipes de communication... Les différents lieux

de vie se préparent à la résistance et on se coordonne à l'échelle de la

ZAD et du mouvement - avec les comités, associations et paysan.ne.s -

pour faire obstacle à l'avancée policière.

 

Ces derniers jours, des rencontres ont eu lieu partout en France entre

comités de soutien pour peaufiner les réactions en cas d'attaque ou de

débuts des travaux. Des lycéen.ne.s et étudiant.e.s solidaires de la

région s'assemblent pour être à même de manifester et bloquer leurs

établissements le jour J. Des habitant.e.s proches se préparent à ouvrir

leurs maisons et leurs granges, des soignant.e.s, professsionel.e.s ou

non, sont prêt.e.s à offrir des soins sur le terrain le moment venu, et

des juristes à réagir aux mesures répressives que le gouvernement mettra

en place. Des paysan.ne.s de toute la région échafaudent des plans pour

mettre en jeu leurs tracteurs, des élagueur.euse.s et grimpeur.euse.s

pour monter à la cime des arbres menacés d'être abattus. Des

journalistes indépendant.e.s et acteur.trice.s des réseaux sociaux

discutent de comment relayer au mieux les infos des opposant.e.s et

contrer la propagande du gouvernement. Des soutiens s'organisent à des

centaines de kilomètres et même aux quatre coins de l'Europe pour être

paré.e.s à nous rejoindre au plus vite.

 

Il faut bien évaluer que cette fois, et contrairement à 2012, c'est la

quasi totalité des lieux de la zone qui est menacée d'expulsion par la

force, c'est à dire non seulement les personnes qui s'y sont installées

pour y vivre et la défendre ces dernières années, mais aussi les

paysan.ne.s et habitant.e.s dit.e.s "historiques". Ce sont donc plus de

70 lieux de vie, des fermes, des ateliers, des centaines d'habitant.e.s

humain.e.s, des troupeaux et autres animaux ou plantes sauvages, 2000ha

de forêts, champs et bocages qu'ils voudraient rayer définitivement de

la carte dans les prochaines semaines. Qui plus est, leur enjeu annoncé

n'est pas seulement d'expulser la zone mais de démarrer dans la foulée

les travaux de construction de l'aéroport et du barreau routier, ce qui

implique dans un premier temps des travaux de "déplacement d'espèces",

de défrichage, de fouilles archéologiques, de construction de ronds

points et de protection du site... (Particulièrement au niveau du

barreau routier - en rose sur la carte

https://zad.nadir.org/spip.php?rubrique70 ). Dans ce contexte de menace

totale, la résistance sur le terrain s'organise d'autant plus

collectivement. Et quand bien même ils parviendraient à expulser une

partie de la zad, nous savons que cela ne signerait pas la fin du

mouvement mais le début de mois et d'années de résistance continue pour

entraver chaque avancée des travaux. Nous ne les lâcherons pas !

 

## Il est encore temps de leur faire comprendre qu'ils vont se planter

 

Rien n'est encore sûr, ni dans le fait qu'ils reviennent, ni dans le

fait que l'évacuation de la ZAD ait une chance de réussir. Il est

crucial de leur faire comprendre dans les prochaines semaines que ce

serait une très mauvaise idée pour eux de tenter une nouvelle opération

César. Nous appelons donc des groupes et personnes, depuis des regards

et positions variées, à manifester par avance leur solidarité par des

textes et actions. Nous appelons à ne pas laisser en paix les élu.e.s

lié.e.s à ce gouvernement et à les interpeller partout où illes se

trouvent (déplacements, réunions publiques, conseils municipaux) sur les

menaces d'expulsion de la ZAD. Nous invitons à rejoindre les initiatives

de manifestations organisées à Nantes face au sommet Climate Chance (

https://stopclimatechance.wordpress.com/a-propos/ ). Nous encourageons

des groupes nombreux à faire savoir qu'ils seront sur la ZAD, vigilants

et actifs en cas de début d'opération.

 

## Tous.tes sur la zad le 8 octobre pour y planter des bâtons par milliers

 

Dans ce contexte incertain et en ces temps décisifs, il est d'autant

plus important de venir massivement participer à la manifestation du 8

octobre et de marteler le sol du bocage avec des dizaines de milliers de

bâtons. Le jour même, des hangars seront construits et le dimanche 9

octobre, il y aura des chantiers dans différents lieux de la ZAD. Des

bus sont en train de s'organiser pour le 8 octobre depuis de nombreuses

villes. Pour des détails sur le déroulement du week-end :

http://zad.nadir.org/spip.php?article3991. Cela peut aussi être un des

moments pour amener du matériel d'organisation et de défense sur la zad

(voir liste de matériel à la fin)

 

## S'ils reviennent, agir de toutes manières

 

On aura besoin d'une présence massive sur place au début d'une

opération, mais ça risque de nous compliquer la tâche si trop de monde

arrive dès maintenant, et tant qu'on est sûr.e.s de rien. Merci donc

d'attendre des signaux plus clairs pour affluer en grand nombre sur le

terrain.

 

Si nous considérons que l'imminence d'une opération policière est

confirmée, un appel commun à venir sur la ZAD, autour, et à déclencher

des actions de résistance ailleurs sera diffusé sur zad.nadir.org et

acipa-ndl.fr.

 

C’est la mise en commun de différents types d’actions, à plusieurs

échelles géographiques et en comptant sur l'inventivité de tous et

toutes, qui nous permettra de les faire échouer de nouveau. Voici les

plans d'actions issues des disccussions avec les comités de soutien :

 

- Sur la ZAD :

 

Appel à stopper leurs mouvements, à défendre les lieux de vie et à les

harceler. Par "leur" nous entendons aussi bien les troupes policières,

que les agences de sécurité, boîtes de travaux qui collaboreront, ou

structures qui assureront leur ravitaillement en nourriture et leur

couchage (voir à ce propos le site participatif adopte un sous-traitant

: https://adopteunsoustraitant.noblogs.org/?cat=26 ). Venez avec vos

radios portatives pour écouter Radio Klaxon sur 87.5.

 

- Dans un périmètre proche :

 

Appel à ce que des groupes s'organisent pour que la ZAD ne se retrouve

pas enclavée et encerclée, et à participer à l'organisation des espaces

d'accueil. Appel également à ce que les déplacements et check-points

policiers soient perturbés le plus possible et à ce que les soutiens et

ravitaillements arrivent sur zone.

 

- Dans la région :

 

Dès le premier jour de l’opération, actions coordonnées de blocages des

routes et/ou opérations escargot, sur les points d’accès à la zone ou

sur les grands axes et points stratégiques de la région, et/ou à des

occupations de lieux du pouvoir. Des actions nocturnes de casserolades

et autres manifestations sonores devant les hôtels où seront logés les

policiers et gendarmes. Convergence le soir même, à partir des

différents points de blocage ou d’actions, pour se rendre à 18h devant

la Préfecture à Nantes.Manifestation le samedi à Nantes après une

semaine d’opération.

 

- A l’extérieur de la région :

 

Appel à occupation des lieux de pouvoir ou à des opérations de

ralentissement des flux localement, ainsi qu’à venir sur le terrain

défendre la ZAD pour ceux et celles qui le peuvent.

 

## Les bloquer sans se bloquer

 

Des personnes nous ont déjà prévenues qu'elles viendront en renfort dans

les prochaines semaines pour la préparation de la mobilisation du 8-9

octobre et de la résistance à d'éventuelles expulsions. Il nous semble

important de dire que l'on souhaite que la zone reste accessible et

circulante le plus longtemps possible et tant que l'arrivée imminente

des troupes n'est pas confirmée. En gros, on se met en capacité de se

barricader très vite, mais on ne barricade pas pour autant la zone

maintenant. Cela nous semble nécessaire de ne pas s'enfermer et de

maintenir autant que possible une perméabilité avec l'extérieur, car

c'est elle qui nous permet depuis des années de nous organiser ensemble

et de nous renforcer dans cette lutte.

 

## En cas d'attaques, on vous accueille !

 

Nous préparons des espaces d'accueil à l'intérieur et l'extérieur de la

ZAD. Ils serviront au couchage, au dépôt de matériel et de

ravitaillement, aux cantines, et à nous rassembler. Gardons à l'esprit

que des journées de résistance demandent beaucoup d'énergie et de

concentration... et souvent des réveils très matinaux. Cela implique une

attention collective à ce que les espaces d'accueil soient calmes le

soir. Nous vous demandons également expressément d'éviter de venir avec

vos compagnon.nes quadrupèdes dans un tel moment: nous faisons aussi en

sorte que les nôtres ne soient pas sur zone, d'abord dans l'idée de les

protéger des affrontements possibles, mais aussi parce que nous sommes

conscient.es que cela peut rendre les choses plus compliquées vis-à-vis

de l'accueil.

 

## Dans quel état d'esprit veut-on défendre la ZAD ?

 

Depuis 2012, nous avons largement pu faire le bilan de ce qui s'est

passé pendant les expulsions et l'occupation policière. On s'attend à ce

que l'opération d'expulsion ne soit pas une réplique de celle de 2012,

que quoi que l'on prépare collectivement il y aura une grande place pour

l'improvisation et l'adapatation. Nous souhaitons tout de même pouvoir

anticiper cette fois sur des attitudes, qui ont pu être blessantes pour

des personnes et contre-productives. Nous voulons aussi porter quelques

idées sur ce qui nous rendra fort.e.s dans ce moment là. Voici certaines

réflexions à ce sujet :

 

- il n'est pas question, sous prétexte d'affrontements, d'accepter

parmi nous des comportements sexistes, virilistes, homophobes, racistes,

classistes, validistes, que nous combattons au quotidien ;

 

- il y aura un grand besoin de personnes qui défendent le terrain,

mais le rôle de celles et ceux qui assureront la logistique sera tout

aussi important : cantines, soin, communication, espace de repos, etc.

Et on a envie que ça puisse tourner : qu'il n'y ait pas les spécialistes

des barricades d'un côté et celles et ceux qui s'occupent de les nourrir

de l'autre ;

 

- on rappelle que défendre cette zone, c’est aussi défendre les

possibilités politiques qu’elle recouvre, et notamment des pratiques

telles que l'autogestion, l'organisation collective et tournante des

tâches, la culture des assemblées et la recherche de consensus sans

taire les conflits ;

 

- il est clair pour nous qu'en cas d'attaque ce sont eux, et non

nous, qui choisiront de déclencher un ensemble de violences et de

destructions, sur les êtres vivants, les habitats et espaces naturels de

ce bocage. Comme en 2012, on ne se laissera pas faire : la résistance

sera physique et déterminée. On veut aussi veiller à rester rejoignables

dans la défense de cet espace, à maintenir les possibilités d'un soutien

large et ne pas leur donner de raisons trop faciles pour décupler

brutalement le niveau de répression à notre encontre. L'un dans l'autre,

on souhaiterait qu'il y ait une attention à respecter la diversité des

personnes qui viennent défendre la zone, et qu'un large panel de

pratiques et de modes d'actions puissent coexister sur le terrain. En

2012 c'est la jonction entre des barricades, des blocages humains ou

avec des tracteurs, des sabotages, des projectiles, des cabanes

perchées, des blagues, chants et harcèlements divers, le tout

concomittament aux actions décentralisées, qui a permis finalement de

mettre en déroute leurs troupes. C'est cette force hybride que nous

voulons réinvoquer.

 

- même si tout n'est pas évident d'entrée, on aimerait aussi que les

personnes qui viennent défendre la zad prennent en considération les

attentions que l'on a pour les manières de résister des différents lieux

et personnes vivant ici : le désir par exemple que le camion du laitier

puisse continuer à passer dans telle ferme aussi lontemps que possible

ou qu'il n'y ait pas de photos et de vidéos prises dans tel autre

lieu...

 

Avant de venir, renseignez-vous au maximum afin de comprendre la

situation, et à votre arrivée adressez-vous à l'un des espaces

d'accueil, prenez le temps de discuter avec les personnes sur place.

Pour accéder à la zone, voir ici :

http://zad.nadir.org/spip.php?article7

. Prenez aussi le temps de lire

les informations mises en ligne par l'équipe légale:

https://zad.nadir.org/spip.php?rubrique56

 

 

## Déjouer leur propagande

 

Quand on est au pouvoir, que l'on est face à une contestation puissante

et populaire et que l'on s'apprête à une opération de maintien de

l'ordre risquée, on est souvent mauvais joueur. On s'attend à que les

pro-aéroport déclenchent de nouvelles opérations de propagande avec

leurs lots de fantasmes et mensonges sur les affreux.ses zadistes et

autres terroristes du bocage. On est pas non plus à l'abri, à la veille

d'une attaque et pendant, de barbouzeries et montages qui viseraient à

jeter le trouble, fragiliser le soutien dont on bénéficie et à justifer

une montée en puissance de la répression à notre égard. On invite tout

le monde à ne pas se laisser berner et à déjouer leur propagande.

 

## Pour un futur sans aéroport

 

Pendant que le gouvernement ne pense qu'à détruire ce qu'il ne peut

contrôler, la vie continue sur la zone à défendre. En cette fin d'été,

une bibliothèque et un espace d'acceuil ont vu le jour, de nouveaux

habitats ou un hangar pour le travail du bois et de la terre

s'édifient... Les rumeurs et menaces ne nous ont pas coupé l'envie de

faire la fête pour la récolte des patates samedi dernier, et la

détermination à préparer la défense ne nous empêche en rien de continuer

à construire en dur ou à développer les réseaux d'amitiés qui font la

richesse de cette lutte. Uni.e.s dans notre diversité, nous préparons

ensemble l'après projet!

 

L’aéroport ne se fera pas - La ZAD de Notre-Dame-des-Landes continuera à

fleurir !

 

--- Et pour finir et être prêt-e-s en cas d'expulsion, un appel à dons

et matériel

 

## Là, on a besoin de sous !

 

Pour l'instant pour se préparer, on a besoin entre autre assez vite de

sous. Les opérations de soutiens et dons divers sont les bienvenues de

nouveaux pour un temps. Il est possible pour cela d’envoyer des chèques

à l’association des occupant.es, "Vivre sans aéroport", chez la famille

Herbin, Liminbout, 44 130, Notre Dame Des Landes ou de faire un virement

:

La Banque postale Etablissement : 20041Code Guichet : 01011 n° de compte

: 1162852D032 Clé RIB : 36 IBAN : FR83 2004 1010 1111 6285 2D03 236BIC :

PSSTFRPPNTE

 

## et de matos

 

Accueil :

 

On cherche des barnums et chapiteaux qui pourraient être prêtés et

montés rapidement sur des lieux d'accueil hors ZAD, ainsi que de quoi

les équiper (tréteaux, plateaux, chaises ...). Des tentes carrées

"familiales" pour des espaces d'accueil. De grande caravanes pour

abriter des structures collectives.

 

Matos de construction/autonomie/défense :

 

- palettes

- cuves/tonnes à eau

- pompes à eau (à bras ou thermiques)

- structures (type barnums)

- visserie

- vélos

- groupes électrogènes

- gasoil

- chargeurs

- panneaux solaires

- régulateurs

- transformateurs 12V continu vers 220 alternatif

- pneus

- batteries (12V)

- extincteurs

- peinture

- conserves/aliments secs

- caravanes

- cire/bougies

- roues de caravane

- 1km câble acier +ou- 5mm

- batteries à décharge lentes

 

Cantines :

 

- grosses gamelles

- brûleurs

- trépieds

- bouteilles de gaz

- gros sacs de céréales et légumineuses

 

Communication interne/externe :

 

- smartphones

- câbles ethernet et routeurs

- multiprises

- rallonges

- ordis (portables)

- cahiers

- stylos

- groupes électrogènes

- câble coaxial Haute Fréquence 50Ohms

- talky walky

- radios portables

- piles AAA

- chargeurs de piles

- CiBi

- antennes CB

- batteries (12V)

- paperboard/grands tableaux

- adaptateurs/câbles/bidouilles de son (jacks gros ou petits - xlr - rca

- femelle/mâle - usb)

- casques audios

- oreillettes

- toute ressource d'autonomie énergétique

 

Cette liste n'est pas exhaustive et sera sûrement enrichie dans les

jours à venir, au fur et à mesure que les besoins s'organiseront, sur le

site de la zad: http://zad.nadir.org/spip.php?article515&lang=fr

 

Pour déposer du matos directement sur zone, vous pouvez passer sur les

lieux d'accueil (Bellevue, Wardine, La Grée, La Rolandière, les Fosses

Noires) qui redistribueront sur le reste de la zone.

 

 

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